Louis XVI offre à l’Amérique son indépendance.
4 juillet 1776 : les Insurgés font sécession avec la couronne britannique, Louis XVI donne naissance aux États-Unis d’Amérique sept ans plus tard. En 1763 la guerre de Sept Ans, opposant la France à la Grande-Bretagne pour le contrôle du continent nord-américain, s’achève sous le règne de Louis XV.
Si les Britanniques sont victorieux, ils sortent également rincés financièrement de la confrontation avec la France. Les caisses de la couronne sont vides. Maître incontesté de l’Amérique du Nord, la Grande-Bretagne entend faire supporter une partie des frais de guerre sur les treize colonies américaines.
Une série de nouvelles taxes est votée par le parlement britannique à cet effet : le Sugar Act en 1764, le Stamp Act en 1765, les Townshend Acts en 1767. C’est dans ce contexte de surtaxation des colonies que le parlement britannique lève un nouvel impôt, en votant le Tea Act en 1773. En contrepartie de cette nouvelle taxe, les Américains demandent à disposer de représentants à la chambre des communes à Londres.
Cette requête américaine est sèchement rejetée par les Britanniques. Les treize colonies se soulèvent alors contre leur métropole. Réunies en congrès continental, elles déclarent unilatéralement leur indépendance le 4 juillet 1776. Rapidement, la couronne britannique dépêche des dizaines de milliers de soldats dans les colonies américaines (en tout cinquante mille Anglais et trente mille Allemands).
Elle peut également compter sur des supplétifs locaux : cinquante mille Loyalistes américains. En comparaison, les vingt mille Insurgés ne pèsent pas bien lourds et sont rapidement écrasés. Tout le monde s’apprête à rentrer dans le rang quand Benjamin Franklin entre en scène. C’est un petit imprimeur de Philadelphie originaire de Boston, il a participé à la rédaction de la déclaration d’indépendance et songe à internationaliser le conflit.
Il sait que les Capétiens et leur branche cadette des Bourbons, dépositaires en 1776 des couronnes de France et d’Espagne via la branche des Bourbons, sont en guerre contre les Anglais depuis plus de sept cents ans. Il sait également que les Français attendent leur revanche depuis la perte du Canada treize ans plus tôt. L’aide viendra donc de l’Espagne et de la France, c’est une certitude.
Franklin rencontre Louis XVI et ses diplomates, les entretiens portent leurs fruits : en 1778, Louis XVI officialise l’entrée en guerre de la France aux côtés des Insurgés américains. L’envoi de navires, de soldats et de matériels français est un tournant majeur dans la guerre que mène la jeune colonie contre la couronne britannique.
Le tournant de la guerre aura lieu trois ans plus tard : le 22 mai 1781, les généraux Rochambeau et Washington se rencontrent dans le Connecticut pour décider de la stratégie à adopter. Ils projettent d’assiéger New York, défendue par dix mille soldats et commandée par Sir Clinton, le plus haut gradé des commandants britanniques.
Mais Lafayette informe Rochambeau de l’arrivée des troupes de Lord Cornwallis à Yorktown, plus au sud. C’est une armée britannique de huit mille hommes, affaiblie par les combats de l’année précédente et par la malaria qui entre à Yorktown. Rochambeau pense qu’il sera en meilleure position s’il attaque Yorktown plutôt que New York. Sans avertir Washington, Rochambeau prend la décision de marcher vers le sud, direction la Virginie.
Près de onze mille soldats français se mettent en mouvement. Washington est furieux de ce changement de plan dont il n’a pas été informé. Le 14 août 1781, Washington apprend que l’Amiral de Grasse, dont la flotte mouillait jusqu’alors aux Antilles, vient d’entrer dans la baie de Chesapeake, et qu’il a jeté l’ancre près Yorktown.
La flotte française est composée de vingt-huit navires solidement armés, de Grasse organise le blocus de la ville. Enfin convaincu par la stratégie de Rochambeau, Washington ordonne l’envoi de ses troupes en Virginie. Le 5 septembre 1781 la Royal Navy, qui cherche à briser l’encerclement de Yorktown, est brillamment repoussée par la flotte française. Les troupes terrestres franco-américaines lancent l’assaut le 28 septembre. Les combats dureront vingt et un jours.
Ils opposeront vingt et un mille soldats franco-américains, dont près de onze mille Français, à huit mille Britanniques. L’artillerie française se montre particulièrement efficace au cours de la bataille. Le 19 octobre 1781, Lord Cornwallis annonce la reddition de la ville. Prétextant être malade, il envoie ses subordonnés remettre son épée aux franco-américains. Sept mille Britanniques sont faits prisonniers.
Arrivée à Londres, la nouvelle fait l’effet d’un coup de tonnerre : c’est près d’un quart des forces britanniques opérationnelles contre les Insurgés qui vient de se rendre ! À Londres, la défaite provoque le renvoi du cabinet de Lord North, remplacé par Lord Rockingham, favorable à la paix. Celle-ci sera conclue deux ans plus tard à Paris.
Cosignataire du traité aux côtés des États-Unis, la France se voit rétrocéder cinq villes en Inde. Le Canada est maintenu comme possession britannique. Ironie de l’Histoire : l’indépendance américaine a pour conséquence l’installation au Québec et en Acadie de quarante mille loyalistes britanniques. Ceci alors même que le territoire est peuplé de près de quatre-vingt-dix mille Canadiens français, dont certains ont participé à la bataille de Yorktown aux côtés de la France.
Ironie de l’Histoire pour les Américains : le siège de Yorktown, l’événement décisif de la guerre d’indépendance américaine, a été décidé par Rochambeau, contre l’avis de Washington. Ironie au carré : les soldats qui ont pris la ville sont majoritairement des soldats français. Soucieusement gommé de l’historiographie dominante, Louis XVI a pourtant toute sa place parmi les Pères Fondateurs des Etats-Unis.
Illustration en bas : Benjamin venant plaider la cause de l’indépendance américaine à la cour de Versailles.