170 000 PAGES DE DOCUMENTS DECLASSIFIES
Alors que l'on va célébrer les 25 ans de l'attaque du 11 septembre 2001, 170 000 pages de documents d'expertises ont été déclassifiés, révélant que lors des actions et missions envoyer sur Ground Zero, on savait déjà la teneur des toxicités des fumées et poussières qui ont perdurées dans la zone durant plusieurs mois. Ce qui veut dire que les autorités étaient parfaitement au courant que l'air était vicié ! Pourtant des milliers de personnes, polices, pompiers, ouvriers, et voir même des civils, ont été exposer sans protections. L'urgence, la situation, la chaos, il fallait de l'action immédiates et certaines pour montrer au monde que l'amérique se retroussait les manches.... mais au mépris de règles sanitaires qui plus tard, se sont révélées désastreuse.
La publication, le 8 septembre 2026, de plus de 170 000 pages de documents municipaux sur le 11-Septembre apporte des éléments importants, mais il faut être précis : elle ne « découvre » pas que Ground Zero était toxique — cela est établi depuis longtemps par la recherche médicale et environnementale. Ce qui est nouveau est surtout ce que les autorités municipales savaient, à quel moment elles le savaient et comment elles ont communiqué ces informations au public.
Ce que les documents révèlent
1. Les autorités disposaient d'indices sérieux de contamination alors qu'elles rassuraient le public.
Les documents contiennent des rapports de qualité de l'air, analyses de contamination et échanges internes. Ils montrent notamment que la présence d'amiante était identifiée bien au-delà de Ground Zero.
Le New York Times indique par exemple que dix mois après les attentats, des analyses détectaient encore de l'amiante jusqu'à environ 800 mètres du site.
C'est particulièrement important parce que, parallèlement, les New-Yorkais et les travailleurs étaient largement rassurés sur la sécurité de l'air.
2. Le problème ne se limitait absolument pas à l'amiante.
Les poussières issues de l'effondrement et des incendies contenaient un mélange extrêmement complexe de contaminants : amiante, métaux lourds, produits de combustion, PCB, dioxines, fibres de verre et autres substances cancérogènes ou irritantes.
La ville estime que les poussières et fumées auxquelles les intervenants ont été exposés contenaient plus de 2 500 contaminants.
Il faut cependant distinguer deux choses : la présence d'un contaminant ne signifie pas automatiquement qu'une personne a reçu une dose suffisante pour provoquer une maladie. C'est justement l'exposition cumulée — durée, concentration, voie d'exposition et susceptibilité individuelle — qui détermine le risque.
Le document le plus explosif : le « Harding Memo »
Parmi les archives se trouve le fameux Harding Memo, une note interne d'octobre 2001.
Elle est particulièrement intéressante parce qu'elle ne traite pas seulement de toxicologie : elle montre que des responsables municipaux réfléchissaient également aux conséquences juridiques potentielles de la contamination et de la responsabilité de la ville.
Autrement dit, l'enjeu n'était pas uniquement :
« Est-ce dangereux ? »
mais également :
« Que risque la ville si elle reconnaît officiellement que c'est dangereux ? »
C'est l'un des éléments qui alimentent aujourd'hui les accusations selon lesquelles la communication publique aurait été influencée par la volonté de limiter la responsabilité juridique de la municipalité.
Et les « 68 boxes » ?
C'est probablement l'aspect administratif le plus troublant.
Une partie considérable des documents était conservée dans 68 cartons, restés hors de portée du public pendant plus de vingt ans. Selon la mairie, ils n'ont été localisés qu'en 2025 malgré des demandes répétées au titre de la législation sur l'accès aux documents publics.
La publication actuelle est donc également le résultat d'une longue bataille judiciaire menée par 9/11 Health Watch.
Mais attention à une nuance essentielle
Il serait excessif de dire : Responsable mais pas coupable !
« Ces 170 000 pages prouvent que la ville savait que tout le monde allait tomber malade et a volontairement caché la vérité. »
Ce n'est pas ce que démontrent les documents publiés à ce stade.
Ils semblent plutôt montrer quelque chose de plus nuancé mais potentiellement très grave :
→ les responsables disposaient d'informations montrant que la contamination était réelle et persistante ;
→ certaines informations étaient plus inquiétantes que le discours public ;
→ les autorités continuaient néanmoins à communiquer largement sur la sécurité de l'air ;
→ la question de la responsabilité juridique de la ville apparaît dans les échanges internes ;
→ une partie des archives pertinentes n'a pas été rendue publique pendant des décennies.
Le New York Times souligne d'ailleurs que les 170 000 pages ne représentent qu'une partie des rapports de qualité de l'air réalisés à l'époque. Il est donc beaucoup trop tôt pour considérer cette publication comme le dossier complet.
Et les conséquences sanitaires ?
C'est ici que les nouveaux documents prennent toute leur importance.
Les maladies associées à l'exposition au World Trade Center sont aujourd'hui extrêmement bien documentées. Le World Trade Center Health Program, administré par le CDC, recense des milliers d'études et publications consacrées aux conséquences sanitaires du 11-Septembre.
Les personnes exposées présentent notamment des taux élevés de :
-
maladies respiratoires chroniques ;
-
asthme et autres troubles pulmonaires ;
-
certains cancers ;
-
maladies ORL ;
-
troubles gastro-intestinaux ;
-
diverses pathologies liées à l'exposition aux poussières et fumées.
Et le phénomène concerne bien davantage que les pompiers et policiers : habitants, employés, étudiants, travailleurs de nettoyage et personnes travaillant dans Lower Manhattan ont également été exposés.
Ce qui me paraît réellement important dans cette révélation
Il faut donc séparer deux histoires.
L'histoire scientifique :
Ground Zero était extrêmement contaminé et cette exposition a provoqué des conséquences sanitaires à long terme.
Cela est déjà solidement établi.
L'histoire politico-administrative :
Qu'est-ce que la mairie savait exactement en septembre-octobre 2001, quelles informations ont été transmises aux responsables politiques, lesquelles ont été communiquées au public, et dans quelle mesure la crainte de poursuites a influencé la communication ?
C'est cette deuxième histoire que les 170 000 pages peuvent considérablement éclairer.
Et elle est loin d'être entièrement analysée : la ville annonce déjà que d'autres documents seront examinés et publiés au cours de l'année qui vient.
La question n'est plus seulement de savoir si la ville savait que des contaminants étaient présents. Elle est de savoir ce qu'elle savait de leur dangerosité, à quel moment, quelles incertitudes elle avait identifiées, et pourquoi elle a néanmoins donné au public des assurances aussi catégoriques.
Les documents publiés aujourd'hui ne permettent pas encore, à eux seuls, de conclure à une infraction pénale intentionnelle, et de fait, permettre de lancer des procédures pour :
une responsabilité civile pour négligence ;
une responsabilité administrative ;
une faute professionnelle ou institutionnelle ;
éventuellement une responsabilité politique ;
et, dans des circonstances beaucoup plus difficiles à établir, une responsabilité pénale.Rappelons qu'encore aujourd'hui, des cas et dossiers sont toujours en cours pour tenter de définir des responsabilités sur des cas de personnes atteintes de maladies en lien directe avec une exposition à la zone, du fait que bon nombre de gens ont parfois perdus leurs bénéfices d'assurances santés à cause de prise en charge trop coûteuse, et qu'il est nécessaire pour celles ci d'établir une cause à effet avec une exposition à la zone contaminée.
Pour mémoire !
Dans les statistiques CDC disponibles au 31 mars 2024, on comptait notamment :
| Pathologie certifiée comme liée à l'exposition | Secouristes/intervenants | Survivants/exposés |
|---|
| Cancers | 19 006 | 16 949 |
| Maladies respiratoires/aérodigestives | 40 546 | 14 655 |
| PTSD | 10 414+ | 4 948+ |
| Asthme | 14 730 | 6 546 |
| Troubles respiratoires chroniques liés aux fumées/vapeurs | 8 168 | 1 382 |
| BPCO aggravée par le WTC | 3 679 | 1 451 |
Attention : une même personne peut avoir plusieurs certifications, donc on ne peut pas additionner les lignes.
Et les cancers ?
C'est probablement le chiffre le plus frappant.
Au 31 mars 2024, 35 955 personnes vivantes avaient au moins une certification cancer dans le programme, auxquelles s'ajoutaient 2 925 membres décédés ayant eu une certification cancer.
Parmi les cancers certifiés, on trouve notamment :
-
cancer de la peau non mélanome : 11 178
-
prostate : 8 938
-
sein : 3 330
-
lymphomes : 2 043
-
thyroïde : 1 856
-
poumon/bronches : 1 773
-
rein : 1 539
-
leucémies : 1 290
-
côlon : 1 244
-
vessie : 1 177
Ce sont des cas certifiés par le programme, pas simplement des cancers observés dans la population exposée. C'est une distinction importante.
Mais combien sont morts à cause du WTC ?
C'est beaucoup plus difficile à déterminer.
Le CDC fournit le nombre de membres décédés ayant une maladie certifiée, mais précise explicitement que les décès enregistrés comprennent toutes les causes de décès et pas uniquement les décès provoqués par l'exposition au WTC.
Par exemple, en mars 2024, parmi les membres décédés :
-
1 903 secouristes/intervenants avaient une certification cancer ;
-
1 022 survivants/exposés avaient une certification cancer.
Soit 2 925 personnes décédées ayant eu un cancer certifié. Mais on ne peut pas honnêtement transformer ce chiffre en « 2 925 morts du cancer causé par Ground Zero », puisque le décès peut avoir eu une autre cause.
Il existe cependant des estimations beaucoup plus élevées
Une estimation publiée à l'occasion du 25e anniversaire avance environ 9 700 décès de survivants et secouristes attribuables aux maladies liées à l'exposition, dont environ 5 900 décès par cancer.
Mais je serais prudent avec ce chiffre de 9 700. Ce n'est pas le chiffre officiel du CDC permettant de dire « 9 700 personnes sont mortes de Ground Zero ». C'est une estimation issue d'un autre travail journalistique/statistique.
Et ce phénomène continue : le nombre de nouveaux cancers certifiés augmente encore aujourd'hui. Un rapport récent du WTCHP concernant les pompiers et personnels EMS du FDNY indique par exemple qu'environ 26 % de cette cohorte a reçu un diagnostic de cancer, avec encore 461 nouveaux cancers enregistrés sur la dernière année étudiée.
Si la question derrière tout cela est « peut-on aujourd'hui mesurer l'ampleur humaine réelle de la contamination que les autorités minimisaient en 2001 ? », la réponse est clairement oui, et l'ordre de grandeur est considérable. Et la publication de ces 170 000 pages peuvent relancer des procédures de mise en responsabilités afin de faire prendre en charge des gens qui ne peuvent plus payer leurs soins.