mercredi 6 mai 2026

EN VERITE

 

C'est LE sujet dont tout le monde parle aujourd'hui : le rapport Alloncle sur l'audiovisuel public. (en lien ici https://acrobat.adobe.com/id/urn:aaid:sc:EU:6291efe4-d066-48cf-8459-3c935f190ab8?fbclid=IwY2xjawRoM7dleHRuA2FlbQIxMABicmlkETFPNmt4QlpneUlUcnozRGVSc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHtYw3mCQimDc--CxLskJQN-0a9GuaGaZFvXHE6pXRqgknu1UsRfGoNtyRIoP_aem_Q_Sj0tTIHw-HbPtEWyLQJw)

Mais que reproche-t-il vraiment à France TV et à Radio France ?

Une ligne éditoriale très orientée, financée par les impôts des contribuables. Les temps de parole lors des législatives de 2022 sont très favorables à la gauche sur les radios du service public

L'Arcom a déjà alerté sur la sous-représentation du RN sur France Inter, notamment sur 3 trimestres consécutifs en 2023. Mais de nombreux biais idéologiques échappent au comptage officiel Arcom. Le rapport Alloncle, en revanche, donne de nombreuses autres informations

La fact-checkeuse Linh-Lan Dao a ainsi participé à une réunion publique organisée par La France insoumise aux côtés du député François Piquemal 

 Le média digital FranceTV Slash (550k abos Insta) a :

- relayé une cagnotte pour le comité Adama Traoré

- invité à signer des pétitions BlackLivesMatter

- soutenu activement la théorie du "privilège blanc"

- promu des sites payants de vidéos pour adultes

- etc. 

Avant les législatives de 2024, l'humoriste Charline Vanhoenacker organise une émission d'une heure entière sur les élections.

Elle y déclare notamment : "[si le RN gagne] vous risquez de vous retrouver à devoir faire ce choix : rester ou claquer la porte. Résister de l’intérieur ou résister à l'extérieur"

A 5 jours du premier tour des législatives 2024, France Inter diffuse "La chanson des gauchos" :

10 chroniqueurs y appellent explicitement à voter contre le RN, évoquant une "vague brune" et la "France de Pétain" 

En janvier, une chroniqueuse de France Inter Camille Lorente évoque à l’antenne une "variole mortelle" qui tuerait Jordan Bardella "en 3 jours", avant d’ajouter : "si tu veux on l’achève"

Bref, cette curieuse utilisation de l'argent des impôts est très bien résumée par une formule d'Aymeric Lompret à l'antenne de France Inter aussi :

"Merci les gens d’extrême droite d’avoir payé pour qu’on dise que vous êtes des gros cons !"

Le rapport mentionne aussi qu'un journaliste politique de France Info, Jena Franàois Achilli, a été "suspendu puis licencié de France Info pour une simple rumeur de rencontre avec M. Jordan Bardella"

Pendant ce temps, le collectif militant de gauche radicale "Planète Boum Boum" est invité et mis à l'honneur sur France Inter.

Le rapport indique que la célèbre meneuse du collectif a été assistante d'une députée LFI

Le rapport souligne aussi un traitement parfois déroutant de l'information.

La libération de prisonniers palestiniens par Israël est ainsi décrite dans un bandeau France Info en ces termes :  "200 otages palestiniens retrouvent la liberté"

Dans la foulée du meurtre de Lola, France 5 diffuse un documentaire intitulé : "La Fabrique du mensonge".  L'angle assumé : l'hostilité à toute forme de débat politique autour du drame de l'adolescente tuée par une étrangère sous OQTF. Circulez, il n'y a rien à voir 



Autre remarque faite par le rapport : les multiples "points Godwin" à l'antenne sur le service public.

- Jordan Bardella comparé à Adolf Hitler

- Hommage à Charlie Kirk comparé à un meeting nazi

- Marchés de Noël apparentés au nazisme (publication supprimée)


Le traitement de l'info pose parfois question sur les chaînes internationales. Le rapport juge que la couverture de l'actualité africaine par France 24 a parfois repris une ligne hostile à la France, notamment au Niger.

Le rapport nous alerte aussi sur la présentation parfois troublante de certains invités. Des exemples.  

Stefanie Prezioso, présentée comme simple "historienne" (elle participe aux "jeudis communistes" de l'organisation communiste révolutionnaire Révolution Permanente). Christophe Ventura, annoncé comme simple "spécialiste de l'Amérique latine" (soutien public d'Hugo Chavez). Matthieu Pigasse, invité sur France 5, est présenté par la journaliste Caroline Roux comme un "chef d'entreprise". Via sa société Mediawan, il est surtout le producteur de l'émission C dans l'Air, présentée... par Caroline Roux sur France 5 ! Xavier Niel, invité sur France 5 dans C à Vous, vient faire la promotion de la nouvelle Freebox. Décrite par la présentatrice comme "la plus puissante du marché". Problème : il est co-fondateur de Mediawan, la société de production de C à Vous !


Des liens troubles avec la sphère politique


Cas le plus emblématique : la nomination de Delphine Ernotte à la tête de France TV. Une histoire trop rocambolesque pour être décrite dans le détail, mais je vais résumer.

  •  D. Ernotte n'avait pas d'expérience de l'audiovisuel public
  • On lui a proposé de candidater via un SMS qu'elle a elle-même décrit comme "très étrange"
  • Elle a été soutenue par des proches de F. Hollande
  • On soupçonne ce dernier d'ingérence dans le processus
  • Le processus de pré-sélection des candidats a changé au dernier moment
  • Le dossier présenté par D. Ernotte aurait été "léger" et aurait présenté des ressemblances troublantes avec celui d'un autre candidat
  • D. Ernotte est choisie après qu'une membre du comité change son vote - Cette dernière a refusé d'expliquer ce changement d'avis
  • Les enregistrements des auditions des candidats ont mystérieusement disparu

Mais c'est aussi la ligne qu'elle a imposée qui est questionnée dans le rapport. Peut-être trop politisée ?

"On ne représente pas la France telle qu’elle est, mais on essaye de représenter la France telle qu’on voudrait qu’elle soit" dit-elle

Une déclaration qui rejoint une formule de M. Pigasse :

"Je veux mettre les médias que je contrôle dans le combat contre la droite radicale".

Ce même M. Pigasse dont la société de production a signé des contrats lucratifs avec France TV sous l'ère Ernotte.

Mais le rapport de plus de 500 pages révèle encore des éléments troublants (certains diront scandaleux).

 Sur 175 intervenants à l'école de journalisme de Sciences Po, seulement 2 sont issus de médias de droite. Les 2 viennent du Figaro. 0 intervenant CNews, 0 intervenant Valeurs Actuelles. Allez, 7 intervenants RMC si on considère ça "de droite" .

 Avant le rapport , la Cour des Comptes avait déjà dénoncé la gestion opérationnelle et financière très questionnable de l'audiovisuel public. A titre d'exemple : 

23 000 € de frais de déplacement pour un chroniqueur de C à Vous en une seule saison

350€/mois pour un fauteuil de massage

8000€ pour un hôtel plutôt chic à Tahiti (Intercontinental Tahiti Resort & Spa) 

3,8 millions d’euros de frais de taxi

Des suites d’hôtel à plus de 1 700 € la nuit au Majestic pendant le Festival de Cannes

1 million d’euros pour la rénovation d’une piscine du CSE (comité social et économique)

Des indemnités de départ pouvant dépasser 500 000 €, parfois sans justification claire.

Salaire moyen : 72 000 €/an

jusqu’à 14 semaines de congés pour certains journalistes (conventionnel et donc négocier avec les partenaires sociaux)

65 primes différentes (comme dans d'autres secteurs publics, alors que les 35 heures ont fait sautés bon nombre de primes et bonus pour les salariés du privé)

Une trentaine de dirigeants gagnent plus que le président de la République.

Déficit cumulé de France Télévisions : 81 millions d’euros entre 2017 et 2024, avec trésorerie négative (relevé par la Cour des comptes)


Mais le scandale absolu c'est une "privatisation de fait" des émissions d'opinion et de divertissement :

Externalisation de près de 850 millions d’euros par an à des sociétés de production privées avec des marges parfois supérieures de 10 % aux devis initiaux (ex. sur « C à vous »)

Sur France 5, 80 % des émissions de flux (visibles et récurrentes) sont produites par seulement deux groupes : Mediawan (X. Niel & M. Pigasse) et Together Média (dirigé par Nathalie Darrigrand depuis janvier 2022 après avoir été directrice des programmes de France 5 et leur avoir attribué des contrats à plusieurs millions d'euros...) 

De nombreux cadres et journalistes ont des liens directs avec des sociétés de production privées (Mediawan, Banijay, Together Media,...), sans déclaration ni contrôle effectif.


Le rapport pointe également l'absence de comptabilité analytique à France Télévisions et un sous-dimensionnement chronique de l'audit interne. Dans n'importe quelle entreprise privée, ce serait une faute de gouvernance grave. 


Selon le baromètre Verian, 78 % des Français réclament une séparation claire entre information et opinions et 77 % des garanties d'indépendance des journalistes.


Malheureusement, le rapport Alloncle ne résoudra rien à lui seul.

Plus d’une dizaine de rapports significatifs ont été publiés ces 15-20 dernières années (parlementaires, de la Cour des comptes, de l’Inspection générale des finances, missions gouvernementales...) sans compter les contrôles annuels ou les rapports sectoriels.

Les syndicats vont monter au créneau. Les directions vont minimiser. Les partis de gauche ont déjà qualifié les recommandations de dangereuses pour la démocratie, sans expliquer en quoi la neutralité menacerait ladite démocratie.


Mais la vraie question n'est pas "à quoi sert ce rapport ?" Elle est : combien de temps encore allons-nous financer un système qui n’a ni contrôle, ni obligation de neutralité, ni sanction en cas de dérive ?


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