L'INEXORABLE REMPLACEMENT DES TÉLÉVISIONS MAINSTREAM PAR YOUTUBE
Par François Asselineau
Ce tweet contient des données statistiques et des éléments de réflexion intéressants sur ce basculement, inexorable parce que le public cherche la qualité de l'information et la VRAIE diversité des points de vues.
Post (tweet) cité :
2013. TF1 fait 6,2 millions de téléspectateurs par soirée. Les chaînes historiques règnent sur le salon des Français. La télé linéaire, c'est l'agenda du pays. 2026. Rodolphe Belmer, PDG de TF1, qualifie publiquement la situation face à YouTube d'« intenable ». Résultat opérationnel du groupe en chute de 15% sur l'année. Le salon a changé de chaîne.
Et la première raison, ce ne sont pas les algorithmes. C'est la perte de confiance. Les Français regardent encore la télé pour se divertir, mais pour s'informer, ils s'en méfient de plus en plus. Le baromètre Kantar 2025 le mesure : la confiance dans l'info TV est au plus bas depuis qu'on la mesure. Trop de plateaux qui répètent la même grille de lecture, trop de journalistes qui posent la même question avec le même angle, trop de proximité visible entre rédactions et pouvoirs.
Et donc le citoyen va voir ailleurs. Pas parce que YouTube est neutre il ne l'est pas. Mais parce qu'il offre une chose que la télé a abandonnée : la diversité éditoriale. Sur YouTube, on peut écouter Asselineau, Onfray, Ferrand, Lombard, Salomé Saqué, des analystes anglophones, des chercheurs étrangers. Sur la télé française, à 20h45, on a le choix entre l'info et l'info, et c'est souvent la même.
La vraie absurdité est fiscale. Les chaînes TV françaises ont financé 1,21 milliard d'euros de création audiovisuelle en 2024. Les plateformes streaming type Netflix : 397 millions, parce qu'un décret de 2021 les a assujetties. YouTube, dans le même temps : zéro euro. Pas considéré comme éditeur. Pas considéré comme service de médias audiovisuels à la demande. La seule plateforme qui aspire la plus grande part d'attention française est aussi la seule à ne rien financer.
Pendant ce temps, Alphabet, maison mère de YouTube, a fait 400 milliards de chiffre d'affaires et 132 milliards de bénéfice net en 2025. Plus que le PIB de l'Algérie. Et l'État français n'arrive toujours pas à décider si c'est un éditeur ou pas. Ou bien on régule, ou bien on assume que YouTube est en zone de non-droit fiscal. La réponse actuelle, c'est ni l'un ni l'autre. Donc YouTube grossit, TF1 meurt.
Le pire arrive. YouTube TV dépasse 11 millions d'abonnés aux États-Unis et devrait devenir le premier opérateur pay TV mondial fin 2026. Pas un concurrent de la télé : son successeur. La télé n'est pas en train de perdre des parts de marché. Elle est en train d'être remplacée. Les patrons de chaîne le savent, les annonceurs le savent, les régulateurs font semblant de découvrir.
Et ce n'est pas seulement un bouleversement technologique. C'est un message politique. Les Français qui désertent la télé ne le font pas par paresse. Ils le font parce qu'ils ont l'impression et souvent à raison que ce qui se dit à 20h n'est pas ce qui se passe réellement dans le pays. Quand les rédactions s'auto-félicitent de leur déontologie pendant que leurs audiences s'effondrent, c'est qu'il y a un signal qu'elles refusent d'entendre.
La leçon est plus large que la télé. C'est l'histoire de toute la régulation française : on construit une cathédrale réglementaire pour les acteurs nationaux, on laisse les géants étrangers s'installer en zone franche à côté, et on s'étonne que les premiers crèvent et que les seconds prospèrent. Ce n'est pas une fatalité technologique, c'est un choix politique. Personne n'a forcé l'État à exempter YouTube de la contribution à la création.
Le tableau Médiamétrie de 2013 est un document d'archives, à conserver précieusement. Une époque où la télé pouvait encore prétendre incarner l'opinion. Cette époque est finie, et elle est finie parce que le pouvoir a confondu trop longtemps « parler aux Français » et « parler des Français ». La différence, ce sont les audiences qui la disent.
Sources : Médiamétrie (audiences 2013 et 2025-2026), Fondation Jean-Jaurès « TF1 face à YouTube » (avril 2026), entretien Belmer dans Politico (2 avril 2026), Arcom bilan contribution SMAD (novembre 2025), baromètre Kantar confiance médias 2025, Alphabet résultats 2025.