Le "capitalisme de la séduction", concept développé par Michel Clouscard, décrit une mutation du capitalisme post-guerre où la séduction (innovation, variété, divertissement) remplace la simple contrainte pour stimuler la consommation, transformant les désirs des individus pour les aligner sur le système. Il s'agit d'une stratégie pour faire accepter le capitalisme en le présentant comme permissif et source de plaisir, détournant l'attention de l'exploitation et encourageant l'individualisme centré sur le bien-être personnel.
Clouscard dans son ouvrage, organisé selon les thèmes majeurs identifiés dans les sources.
- L'intégration de la contestation : Le système a réussi à récupérer son opposition. Les révoltes de Mai 68 ont abouti à l'institutionnalisation d'une société permissive qui ne remet pas en cause le mode de production, mais favorise de nouveaux marchés (loisirs, plaisir).
- La trahison des clercs : L'intellectuel de gauche est devenu le principal usager et le prescripteur des modèles culturels "mondains", présentant ses nouveaux privilèges de consommation comme des conquêtes révolutionnaires.
- Le stade ludique : L'usage du flipper ou du jukebox apprend à l'enfant un usage "magique" de la machine : obtenir un plaisir d'un simple geste (appuyer sur un bouton) sans connaître l'effort de production.
- L'uniforme de la liberté : Le blue-jean, les cheveux longs et la guitare constituent la panoplie d'une fausse autonomie. Le corps n'est plus vêtu par une toilette, mais "moulé" selon un modèle standardisé par Hollywood.
- La bande et l'animateur : La "bande" est le lieu de passage de la famille à la société civile. L'animateur devient une figure clé, médiateur entre le système qui produit et la masse qui consomme.
- Le Rock vs le Jazz : Le rock est défini comme un "jazz sans son âme", un rythme sans swing. C'est une répétition mécanique et binaire qui domestique le corps au rythme de la machine capitaliste, contrairement au swing qui est une récréation organique de l'histoire.
- Le Féminisme mondain : Clouscard y voit souvent une "nouvelle coquetterie" de la femme moderne. Il soutient que la libéralisation sexuelle (pilule, divorce) profite souvent plus au "phallocrate" (en le libérant des responsabilités familiales) qu'à la femme ouvrière, pour qui ces changements peuvent être des facteurs de précarité.
- La drogue : Loin d'être une subversion, l'usage du haschich est décrit comme le "fétiche privilégié" de la société de consommation, un acte pur d'achat clandestin déconnecté de tout travail.
- Parasitisme social : La consommation mondaine (libidinale, ludique, marginale) est la dépense ostentatoire du surplus extrait du travail ouvrier.
- Consommation du manque de l'autre : La jouissance mondaine est, en son fondement, la jouissance de l'exploitation, car elle ne peut exister que parce que le producteur (l'ouvrier) est privé de ce surplus.
- L'accès à la consommation mondaine : Pour Clouscard, le clerc était à l'origine un « contempteur du monde » qui savait le dénoncer. La trahison réside dans le fait qu'il est désormais devenu le principal usager de la consommation mondaine. Il est passé du statut de témoin critique à celui de « patron » et de « maître à penser » du monde, codifiant l'ordre du désir pour le compte du système.
- La falsification des privilèges en conquêtes révolutionnaires : L'auteur dénonce le fait que cet intellectuel présente ses nouveaux privilèges de consommation (libidinalité, ludicité, marginalité) comme des « conquêtes révolutionnaires ». En brandissant un « flambeau de la liberté » qui n'est en fait qu'un alibi pour son intégration au système, il commet une véritable « trahison de classe ».
- Le rôle de « larbin » du système : Clouscard accuse l'intelligentsia (citant des médias comme Le Monde ou Le Nouvel Observateur) de servir de promoteur de vente pour le néo-capitalisme. En échange d'une consommation mondaine privilégiée, ces intellectuels inventent les modèles culturels nécessaires au développement de la « social-démocratie libertaire ».
- L'amnésie des fondements économiques : L'intellectuel de gauche feint d'ignorer les racines réelles de sa modernité culturelle, notamment le Plan Marshall et la gestion des surplus américains. Cette « amnésie programmée » lui permet d'occulter le fait que sa culture « contestataire » n'est que l'expression des besoins du marché capitaliste.
- La trahison de sa vocation de connaissance : En renonçant à la connaissance réelle des rapports de production pour se vautrer dans le « frivole » et le « mondain », le clerc remet en cause son propre statut. Pour Clouscard, ce clerc est devenu un « passager du néant » qui s'expose à la sanction du peuple et au ridicule de l'imposture.
- La « nouvelle droite » : Elle gère l'appareil infrastructural de production, la technocratie et l'État.
- La « nouvelle gauche » : Elle fournit le discours contestataire et les nouveaux modèles de consommation (libidinale, ludique, marginale) qui servent de promotion de vente au système. Le résultat est une société « libérale, permissive, libertaire » où l'on dresse le citoyen à la consommation par le « principe de plaisir ».
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