Derrière les 60 000 migrants de Ceuta...
Le 20 juillet dernier, l'Espagne s'est réconciliée avec l'Algérie, ce qui a provoqué l'irritation de son rival, le Maroc. Trois jours plus tard, une commission du Parlement espagnol a approuvé une proposition de loi ouvrant l’accès à la nationalité espagnole aux Sahraouis nés dans l’ancienne province espagnole du Sahara avant 1977. Colère pour le Maroc, qui souhaite annexer le Sahara occidental.
Le 30 juillet, le Maroc a envoyé un signal politique en autorisant le passage de 60 000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta. L'objectif est de créer un sentiment de panique en Espagne et en Europe. Le Maroc l'a déjà fait en 2021.
Le journaliste indien Vijay Prashad va même plus loin : "J'ai traversé le Sahara en compagnie de migrants il y a une dizaine d'années. Les personnes que l'on voit dans la vidéo pénétrer à Ceuta depuis le Maroc ne ressemblaient pas à des migrants (elles n'avaient pas de bagages) et ne se comportaient pas comme tels (elles sont rentrées chez elles sans protester). Elles ressemblaient plutôt à une foule de manifestants à la solde de tiers, recrutés dans les bidonvilles marocains et instrumentalisés pour franchir la frontière et provoquer une crise diplomatique pour l'Espagne."
Qu’il ait raison ou pas, il s'agit d'une opération de communication bien orchestrée par le Maroc. Il y aura bientôt des élections en Espagne et c'est le moment de mettre la pression sur le socialiste espagnol Pedro Sanchez sur le statut du Sahara Occidental. Par ailleurs, il y a des enjeux macro régionaux.
Le Maroc est un des pays arabes les plus proches d'Israel et des USA. En échange d'un soutien inconditionnel à Israel et à Trump sur la question palestinienne (le Maroc va même nommer une autoroute en hommage à Trump), le Maroc a obtenu le soutien US sur la question du Sahara occidental. La chambre US a même reconnu fin juillet que les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont un territoire marocain.
Les USA et Trump, qui sont très opposés à l'Espagne sur une série de dossier (génocide en Palestine, Chine, refus d'achat d'armes US) voient donc d'un bon œil une déstabilisation de Pedro Sanchez. Aussi, si l'Espagne perd Ceuta, ils seraient sans doute favorables à l'ouverture d'un corridor marocain dans le détroit de Gibraltar, pour éviter de devoir composer avec celle-ci.
Bref, non, il n'y pas d'afflux inédit de migrants en Europe. D'ailleurs la quasi totalité a quitté Ceuta le jour même ou le lendemain. Mais il y a de la géopolitique dans laquelle les humains ne sont que des pions et meurent pour rien. Et derrière, il y a tous les tyrans de ce monde, dont le Roi du Maroc qui veut agrandir son territoire. Et Trump et Netanyahu qui sont trop heureux de déstabiliser leur principal adversaire en Europe.
Olivier Malay, Prof, à ULB - Université libre de Bruxelles et Economiste, à CSC Alimentation et Services
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