Meurtre à Crépol : le journaliste François Bousquet dévoile « la mécanique du mensonge » des médias
C’est un rebondissement majeur dans l’affaire du meurtre de Thomas à Crépol, qui remet en cause le discours de nombreux journalistes et sociologues de plateaux. Vendredi 25 septembre, les magistrats de Valence ont renvoyé onze accusés pour « meurtre » et « tentatives de meurtres », en retenant finalement la circonstance aggravante de racisme envers « la race blanche et la nation française ». Une « première » pour un homicide.
François Bousquet est journaliste et directeur de la rédaction de la Revue Eléments. Il a récemment publié Sale blanc, le racisme qu’on ne veut pas voir (2026, éd. La Nouvelle librairie) et Le racisme antiblanc: L’enquête interdite (2025).
Lorelei Bancharel : François Bousquet, vous êtes le premier journaliste à avoir enquêté sur le racisme antiblanc. Dans vos livres, comme dans vos interviews, vous évoquez souvent le déni et l’omerta médiatique. La tragédie de Crépol, en novembre 2023, est un symbole. Patrick Cohen a nié les faits dans son édito sur le service public. Comment recevez-vous cette décision de justice ? Est-ce là la fin du tabou médiatique sur ce sujet ?
François Bousquet : Il faut toujours avoir en tête ce qu’a été Crépol – une boucherie – et rappeler la violence de l’attaque pour mesurer l’abîme qui la sépare du récit médiatique qui en a été donné. On parle d’un mort et de seize blessés, dont trois en urgence absolue. C’est un déferlement de haine antiblanche et antifrançaise avec des assaillants munis de couteaux de 20 à 25 centimètres.
Voici un petit florilège de ce qu’en disent les témoins : « La salle des fêtes ressemblait à un abattoir » ; des blessés allongés par terre « comme à la guerre » ; « ils sont venus pour tuer »… Plusieurs témoins ont cru que c’était un attentat. Nous voilà à des années-lumière de la « rixe » villageoise qui nous a été servie comme tisane médiatique.
Cette anesthésie générale a aussi imprégné l’instruction. Pendant près de trois ans, non seulement les magistrats, mais aussi, plus grave, les avocats des parties civiles se sont installés dans une sorte de stratégie de l’apaisement comme s’il importait de ne surtout pas politiser l’affaire et de n’offrir aucune prise à la récupération.
Résultat : pas plus que les juges ne cherchaient le racisme antiblanc, les avocats des victimes ne réclamaient d’investigations supplémentaires. Avec l’effet que l’on sait : le réquisitoire définitif du procureur, qui tombe en juin 2026, ne fait pas état de la moindre circonstance aggravante de racisme.
C’est la stupéfaction parmi les victimes. Il a fallu que deux d’entre elles destituent leur avocat et fassent appel à Maître Jérôme Triomphe, avocat de l’Agrif, l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne, pour changer la donne.
Me Triomphe a fait le travail que personne n’avait fait avant lui – ce qui est quand même sidérant, quand on y songe : recenser les témoins ayant entendu des insultes racistes, seize, puis dix-neuf au final. Un chiffre énorme, n’en déplaise au procureur de Valence, Laurent de Caigny.
Il faut s’arrêter un instant sur ce Laurent de Caigny. Il sévissait auparavant à Charleville-Mézières, où il mettait un empressement particulier à traquer le racisme anti-maghrébin, surtout là où il n’y en avait pas, au point de se faire désavouer par le tribunal de Charleville. Alors qu’il ne voit pas le racisme antiblanc à Crépol, où il crève pourtant les yeux, et pas que les yeux hélas.
Le racisme antiblanc n’existe toujours pas pour les sciences sociales, pas plus que pour les médias centraux.
La leçon dépasse le cas de Crépol : la connivence entre avocats et juges n’est pas rare. Cette connivence, Jacques Vergès l’opposait à ce qu’il appelait la stratégie de rupture. Dans les procès où la politique n’est pas loin, la rupture est en général la bonne stratégie pour les victimes. Le procès des assassins de Thomas le confirmera, du moins souhaitons-le.
Il en faudra cependant davantage pour faire tomber le tabou médiatique autour du racisme antiblanc. Crépol l’a ébranlé, mais ne l’a pas fait tomber.
A-t-on vu un sociologue venir battre sa coulpe sur le plateau de CNews ? Non. Le racisme antiblanc n’existe toujours pas pour les sciences sociales, pas plus que pour les médias centraux, à l’exception notable du groupe Bolloré.
Nous avons devant nous, à gauche, un bloc de déni extraordinairement compact, solidaire et verrouillé à triple tour. Il sera très difficile à bouger. La psychologie sociale nous apprend que, lorsqu’un fait – l’existence du racisme antiblanc par exemple – vient contredire une croyance profondément enracinée, ledit fait provoque rarement la révision de la croyance. C’est même plus souvent l’inverse : les croyances en sortent renforcées, encore plus quand il s’agit de croyances qui structurent une identité politique ou religieuse. Le propre d’une croyance, c’est de ne pas se soumettre à l’épreuve du réel. Ce qui la rend irréfutable, au sens que le philosophe Karl Popper a donné à ce terme, au même titre que n’importe quelle pseudo-science.
L’Arcom n’a plus qu’une obsession : avoir la peau de CNews.
L.B. : En mars 2026, l’ARCOM avait mis en demeure CNews pour avoir privilégié la thèse du « racisme anti-Blanc » dans le meurtre de Thomas. Comment interprétez-vous, a posteriori, cette décision ?
L’Arcom n’a plus qu’une obsession : avoir la peau de CNews. CNews concentre l’essentiel de son travail ; le reste ne semble être là que pour donner le change et sauver les apparences d’impartialité.
En toute logique, l’Arcom devrait aujourd’hui mettre en demeure toutes les autres chaînes de la TNT pour leur traitement équivoque du meurtre de Thomas, puisque l’ordonnance de mise en accusation de l’instruction contredit frontalement la grille de lecture qu’elles avaient privilégiée. Mais ne rêvons pas.
Sous ses dehors d’indépendance et de neutralité, l’Arcom est un instrument de contrôle et de censure, à situer quelque part entre la police de la pensée orwellienne, l’Index des livres interdits et un organisme de racket idéologique. Avec la Cour des comptes et les autres grandes juridictions de la République, c’est le dernier endroit en France où l’on trouve encore des socialistes. La gauche a peut-être perdu la bataille des urnes, mais pas celle des institutions. Elle conserve plus que jamais sa rente de monopole idéologique et son magistère intellectuel sur la quasi-totalité de l’appareil institutionnel, où elle fait régner une terreur qui, pour être molle et administrative, n’en est pas moins d’essence maccarthyste. Ironiquement, le maccarthysme ne se porte guère plus qu’à gauche.
Il s’appelle lutte contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et tout ce qui est susceptible d’une suffixation phobique.
On est arrivé au stade où la gauche ne débat plus du bien et du mal, elle combat le mal, qu’elle appelle fascisme ou extrême droite, peu importe. Elle ne combat plus des idées fausses, elle pourchasse des opinions impures. Ce qui n’a rien à voir. Ce n’est donc plus un adversaire idéologique qu’il faut soumettre à une critique raisonnée, mais un ennemi métaphysique qu’il faut expulser. C’est la logique des guerres justes transposée dans l’espace médiatique. Dès lors que votre adversaire n’est plus dans l’erreur, mais dans le mal, le pluralisme n’a plus lieu d’être : au nom de quoi faudrait-il lui donner la parole ? Pourquoi débattre avec lui, quand l’abattre suffit ?
L.B. : Quelques jours après la mort de Thomas, Patrick Cohen déclarait sur le service public que les agresseurs étaient venus simplement pour « s’amuser et draguer des filles ». Il niait en outre la dimension raciste du meurtre de Thomas à Crépol et dénonçait une théorie « d’extrême droite ». Si vous l’aviez en face de vous sur ce plateau, que lui diriez-vous ?
Qu’on n’est jamais surpris avec lui. C’est la voix de son maître, comme dans feu les publicités Pathé-Marconi. George Orwell, encore lui, parlait de « pensée gramophone ». Il nous repasse inlassablement le même disque, en remuant la queue entre deux éditos et en aboyant sur commande.
Plus Patrick Cohen se trompe, plus il est promu.
Le chien de Pavlov a trouvé son maître dans les glandes salivaires de Patrick Cohen. C’est tout ensemble un type humain, un archétype et un sale type, paradoxalement aussi intouchable qu’interchangeable. Il se confond avec les médias pour lesquels il a travaillé, comme Laurent Joffrin et tant d’autres, passant de l’un à l’autre, comme l’on passe du séjour à la chambre à coucher, sans jamais quitter le même domicile idéologique. France Inter, France Télévisions, Europe 1 (avant Bolloré), France Culture, RTL, LCP, etc. C’est à ce genre de parcours que l’on mesure l’existence de la pensée unique. Plus Patrick Cohen se trompe, plus il est promu. Plus il triche, plus il est récompensé. Plus il fait chuter les audiences, plus il est primé. L’échec n’est pas un accident de carrière, encore moins un frein, c’est un accélérateur, qui aboutit à la consécration de la médiocrité.
Si nos élites sont aussi médiocres, élites médiatiques comprises, c’est qu’elles sont régies par une variante dysfonctionnelle du principe de Peter. Dans la formulation classique du principe de Peter, tout employé tend à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence. Nous, on fait beaucoup mieux.
C’est le niveau d’incompétence de l’employé modèle qui justifie son avancement, pourvu qu’il soit assorti d’un haut niveau de conformité idéologique. Les Soviétiques ont déjà expérimenté ce modèle de promotion par la conformité idéologique, avec le résultat que l’on sait.
L.B. : D’une manière plus générale, comment expliquez-vous le malaise des journalistes à évoquer la question du racisme antiblanc ?
Reconnaître l’existence du racisme antiblanc, c’est reconnaître l’échec de l’assimilation et de l’intégration des populations extra-européennes passés certains seuils. Cela reviendrait à reconnaître l’échec d’une croyance. Chose quasi impossible, je le redis, sauf quand le système de croyance s’effondre. C’est vrai du racisme antiblanc, comme du Grand Remplacement ou du lien entre immigration et insécurité.
Nous sommes face à une dissonance cognitive généralisée, à partir d’une perception sélective du réel, qui a pour objet principal de maintenir une fiction érigée en religion : l’antiracisme. La gauche mondaine, ce que j’appelle le chic gauchiste, vit dans un monde parallèle, fermé sur lui-même, autoréférentiel, où chaque dogme en soutient un autre. On pourrait presque parler d’un monolithe idéologique : un bloc, comme la Révolution selon Clemenceau – un bloc de contrevérités, mais un bloc tout de même. Retirez une pièce, comme dans un jeu de Mikado, et c’est tout l’édifice qui vacille.
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