Le public de Glucksmann, c’est cette France qui se dit “proche du peuple” parce qu’elle a déjà pris un TER une fois entre deux week-ends à Lisbonne. C’est la France des centres-villes rénovés, des vélos à 2 000 euros et des débats passionnés sur la justice sociale autour d’un brunch à 28 euros.
On y parle beaucoup des ouvriers, mais surtout quand aucun ouvrier n’est dans la pièce pour contredire l’analyse. On célèbre la diversité sous toutes ses formes, à condition qu’elle vote pareil, lise les mêmes médias et partage les mêmes indignations du moment. C’est une gauche qui connaît parfaitement les pronoms de chacun mais beaucoup moins le prix d’un plein d’essence ou les horaires d’une équipe de nuit. Le paradoxe est fascinant : plus on s’éloigne sociologiquement du peuple, plus on explique au peuple ce qu’il devrait penser pour son bien. Chez Glucksmann, on adore les classes populaires. D’ailleurs, on en parle tellement qu’on finit presque par oublier d’en fréquenter.
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