https://x.com/medias_citoyens
20 HEURES DE FRANCE 2 : LA FABRIQUE DE L'ANXIÉTÉ (ÉTUDE EXCLUSIVE)
Sur un mois complet de journaux de 20 heures, du 10 novembre 2025 au 08 décembre 2025, nous avons compilé l'intégralité des sujets traités par le 20 heures de France 2 en semaine (animé par Léa Salamé). Un constat s’impose : la hiérarchie de l’information tourne quasi systématiquement autour de la peur, du drame et de l’exceptionnel négatif.
En examinant les titres diffusés chaque soir, on observe qu’environ 70 à 80 % des sujets relèvent d’une tonalité anxiogène : guerres, catastrophes naturelles, faits divers meurtriers, violences, scandales politiques, menaces climatiques ou économiques. Les sujets positifs – guérisons, initiatives locales, innovations utiles, trajectoires de résilience – existent, mais ils représentent à peine 10 à 15 % de l’ensemble et sont le plus souvent relégués en fin de journal comme un dessert après un banquet d’angoisse. L’image du monde proposée au téléspectateur est donc très largement filtrée par ce qui inquiète, choque ou indigne. Elle est comparable, en proportion, aux statistiques obtenues sur la chaine Cnews. DES TITRES D’OUVERTURE CENTRÉS SUR LES MENACES La place des titres d’ouverture est particulièrement révélatrice. Sur la période étudiée, quasiment aucun JT n’ouvre sur une réussite collective ou une bonne nouvelle structurante. Le début du journal est occupé par les guerres (Ukraine, Syrie, Mali), les tensions géopolitiques (“Poutine met la pression”, “accord de paix incertain”), les catastrophes (“inondations : plus de 1 000 morts”, séisme, typhons, dérèglement climatique) et les faits divers lourds (féminicide, fusillades, attaques terroristes, accidents mortels). S’y ajoutent des crises politiques ou judiciaires à forte charge émotionnelle (taxe foncière, retraites, sécurité sociale, remise en liberté ou condamnation de personnalités), ou encore des commémorations liées au terrorisme (13-Novembre). En clair, dès les premières minutes, le téléspectateur est installé dans un climat de menace diffuse : menace de guerre, de catastrophe, de violence, de chaos politique ou économique. UNE STRUCTURE FORMELLE COHÉRENTE MAIS UNE IMPRESSION DE SATURATION Pourtant, si l’on regarde l’architecture interne de chaque JT, il serait excessif de parler de désordre total : on retrouve une structure relativement stable – ouverture “choc”, bloc France/sécurité/justice, bloc international/climat, bloc économie du quotidien/consommation, puis un ou deux sujets dits “magazine” plus légers ou inspirants. Ce n’est pas l’absence de construction qui crée l’impression de fouillis, mais l’accumulation, dans un même journal, de crises hétérogènes : une guerre, un fait divers mortel, une catastrophe climatique, un scandale politico-économique… le tout en une vingtaine de minutes. La cohérence éditoriale existe, mais elle repose sur un fil rouge très particulier : montrer le monde par la succession de menaces et de dysfonctionnements, avec quelques respirations ponctuelles qui ne suffisent pas à changer la couleur émotionnelle d’ensemble. QUELLE RESPONSABILITÉ POUR UN JT DE SERVICE PUBLIC ? Reste alors une question de fond, qui dépasse France 2 mais que ce mois d’édition illustre très clairement : quel type de rapport au réel un grand JT de service public veut-il entretenir avec ses téléspectateurs ? Informer sur les dangers, les injustices et les crises est évidemment indispensable. Mais quand l’essentiel du temps d’antenne est occupé par ce qui fait peur, et que les rares bonnes nouvelles sont reléguées au rang de parenthèses consolatrices, le risque est double : d’un côté, une perception du monde biaisée vers le catastrophisme, de l’autre, une anxiété collective entretenue soir après soir. D’autres choix éditoriaux seraient possibles : documenter davantage ce qui fonctionne, ce qui s’améliore, ce qui se construit – sans naïveté, mais avec la même énergie que celle déployée pour couvrir les drames. Pour l’instant, à en juger par ce mois de JT, le 20 heures de France 2 reste avant tout un miroir grossissant de nos peurs.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire