Finalement on ne change pas les bonnes vieilles recettes. Comme papa Bush avec le Panama, Donald Trump a décidé d'en finir avec l'équation Maduro. Le Venezuela se croit libéré de Maduro ? Vraiment ?
Depuis le temps que les compagnies pétrolières américaines reluquaient le pétrole vénézuélien, ce déboulonnage militaire en catimini pose aussi une autre question : ou sont les alliance russo-iraniennes ? Et comment la communauté internationale va gérer cette "ingérence assumée" selon ses propres règles de respects des souverainetés, sur lesquelles on s'attend clairement que la Russie et la Chine, membre permanent du conseil de sécurité, vont réagir.
Résumons donc l'historique de la situation depuis l'arriver au pouvoir du bolivarien Hugo Chavez.
1. Hugo Chávez (1999-2013) : rupture idéologique et confrontation progressive avec les États-Unis
Arrivée au pouvoir (1998-2001) : méfiance mais relations formelles
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Élection de Chávez en 1998 par les urnes, dans un cadre constitutionnel reconnu.
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Les États-Unis reconnaissent officiellement son élection.
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À ce stade :
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Les relations sont pragmatiques.
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Le Venezuela reste un fournisseur majeur de pétrole pour les États-Unis.
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Mais Washington est rapidement inquiet du discours bolivarien, anti-néolibéral et anti-impérialiste.
Tournant majeur : le coup d’État avorté de 2002
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En avril 2002, Chávez est brièvement renversé.
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Les États-Unis :
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Reconnaissent dans un premier temps le gouvernement putschiste.
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Nient ensuite toute implication directe, mais des preuves montrent un soutien indirect (contacts, financements d’opposants).
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Pour Chávez, c’est un point de non-retour :
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Il accuse Washington de tentative de déstabilisation.
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Le discours anti-américain devient central.
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2003-2013 : confrontation assumée
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Chávez fait des États-Unis son adversaire idéologique principal :
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Discours à l’ONU (2006) qualifiant George W. Bush de « diable ».
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Il bâtit une politique étrangère alternative :
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Alliance avec Cuba, puis Bolivie, Nicaragua, Équateur.
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Création de l’ALBA (alliance anti-libérale).
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Rapprochement stratégique avec :
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Russie (armement, coopération militaire).
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Chine (prêts contre pétrole).
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Iran (coopération politique et symbolique).
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Malgré tout :
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Les exportations de pétrole vers les États-Unis continuent.
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Interdépendance économique paradoxale.
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Sous Chávez, la relation avec Washington est :
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Ouvertement conflictuelle sur le plan politique,
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Mais encore fonctionnelle sur le plan économique.
2. Nicolás Maduro (depuis 2013) : isolement international et confrontation maximale
Arrivée au pouvoir (2013) : légitimité contestée
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Maduro succède à Chávez après une élection très serrée.
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Les États-Unis :
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Reconnaissent formellement le résultat,
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Mais expriment rapidement des doutes sur la transparence.
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Maduro hérite :
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D’une économie déjà fragilisée,
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D’un pouvoir sans le charisme de Chávez.
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2014-2016 : durcissement progressif
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Répression des manifestations.
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Accusations de :
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Violations des droits de l’homme,
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Arrestations politiques.
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Les États-Unis commencent à imposer :
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Sanctions ciblées contre des responsables vénézuéliens.
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2017-2020 : rupture quasi totale
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Élection de l’Assemblée constituante (2017) jugée illégitime par Washington.
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En 2019 :
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Les États-Unis reconnaissent Juan Guaidó comme président intérimaire.
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Imposent des sanctions économiques massives, notamment sur le pétrole.
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Conséquences :
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Effondrement des recettes pétrolières.
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Isolement diplomatique accru.
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Alliances internationales sous Maduro
Face à l’hostilité occidentale, Maduro renforce les liens avec :
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Russie : soutien diplomatique et militaire.
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Chine : soutien financier (plus prudent qu’avant).
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Iran : aide énergétique (raffinage, carburant).
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Turquie : appui économique et politique.
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Soutien également de Cuba (sécurité, renseignement).
Évolution récente (depuis 2022)
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Guerre en Ukraine → intérêt occidental renouvelé pour le pétrole vénézuélien.
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Les États-Unis :
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Assouplissent partiellement certaines sanctions,
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Tentent une approche plus pragmatique,
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Sans reconnaissance politique pleine de Maduro.
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Sous Maduro, la relation avec les États-Unis est :
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Nettement plus hostile que sous Chávez,
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Marquée par des sanctions économiques lourdes,
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Et un isolement international bien plus profond.
3. Comparaison synthétique Chávez / Maduro
| Aspect | Hugo Chávez | Nicolás Maduro |
|---|---|---|
| Légitimité initiale | Forte, populaire | Contestée |
| Relation avec les USA | Conflit idéologique | Conflit + sanctions |
| Économie | Redistribution grâce au pétrole | Effondrement économique |
| Alliances | Multipolarité assumée | Dépendance accrue |
| Isolement international | Relatif | Important |
Conclusion
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Chávez a choisi la confrontation idéologique avec Washington tout en maintenant des marges de manœuvre économiques.
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Maduro, lui, s’est retrouvé dans une spirale d’isolement, aggravée par la crise économique, la répression interne et les sanctions.
Voici les conséquences probables devant le Conseil de sécurité de l’ONU, basées sur ce développement factuel :
1. Qualification juridique immédiate
Une intervention militaire unilatérale sur le territoire d’un État membre visant à capturer son chef d’État constitue une utilisation de la force, ce qui est généralement défini comme une violation de l’article 2(4) de la Charte des Nations unies (interdiction de recourir à la force contre l’intégrité territoriale ou la souveraineté d’un État). Reuters
Cela signifie que :
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Le Venezuela, ou des États alliés, pourraient demander une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.
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De nombreux pays qualifient déjà cela de violation du droit international et de l’ordre multilatéral. Axios
2. Condamnations et projets de résolution
Si une résolution visant à condamner l’action américaine est soumise :
Blocage par veto
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Les États-Unis utiliseraient leur veto pour bloquer toute résolution condamnant explicitement leur action. C’est un scénario presque certain puisque Washington est un membre permanent du Conseil de sécurité.
→ Cela empêcherait toute action contraignante du Conseil de sécurité sur ce point.
Opposition des autres membres permanents
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Russie et Chine — qui ont déjà exprimé leur désaccord — seraient probablement parmi les principaux opposants à l’action et à toute légitimation américaine.
→ Ils pourraient proposer à leur tour des projets de résolution dénonçant les États-Unis.
Position de l’Europe et autres
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Certains membres européens (par exemple l’Espagne) ont dit qu’ils ne reconnaîtraient pas l’intervention si elle viole le droit international. Reuters
3. Impact sur le Conseil de sécurité
Paralysie accrue
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Comme pour d’autres crises majeures (Ukraine, Syrie…), le Conseil deviendrait profondément divisé, avec des blocs opposés qui refusent de coopérer.
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L’usage du veto s’accumulerait, ce qui frapperait encore davantage l’efficacité du Conseil.
Perte de légitimité
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Unilatéralement imposer un changement de gouvernement par la force — et sans mandat de l’ONU — pourrait rendre le Conseil moins pertinent aux yeux de nombreux pays, surtout dans le “Sud global”.
Mise en avant de l’Assemblée générale
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Si le Conseil de sécurité ne peut pas agir à cause des veto, les États membres pourraient se tourner vers l’Assemblée générale (via une résolution GA), qui peut adopter des résolutions non contraignantes condamnant l’intervention.
→ Cela ne changerait pas juridiquement la situation mais exprimerait l’opinion de la majorité de la communauté internationale.
4. Réactions internationales déjà constatées
Les réactions rapportées montrent une forte condamnation et inquiétude quant au respect du droit international :
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