dimanche 29 octobre 2023

AU RABAIS

 

Assurance chômage : avec la réforme, les demandeurs d’emploi acceptent des salaires à la baisse

L’heure du bilan a sonné. Pour alimenter les différentes séances de négociation entre les organisations syndicales et patronales sur la future convention d’assurance chômage, l’Unédic a réalisé toute une série d’études pour analyser l’impact des réformes déjà en cours et des éventuels changements à venir en 2024. Au menu de la séance du 19 octobre : la dégressivité des allocations chômage, l’un des volets de la première réforme menée par Emmanuel Macron, qui est entrée en vigueur le 1er juillet 2021.

Au départ, cette mesure consistait à réduire, à compter du neuvième mois d’indemnisation, le montant de l’indemnité chômage perçue par les allocataires âgés de moins de 57 ans à la date de fin de leur contrat de travail et qui percevaient un salaire supérieur à 4.500 euros brut par mois dans le cadre de leur précédente activité. Et ce, de 30% au maximum. La mesure a ensuite été durcie : depuis le 1er décembre 2021, la dégressivité s’applique à compter du septième mois d’indemnisation.

90 000 demandeurs d’emploi visés par la dégressivité des allocations chômage

D’après un bilan de l’Unédic présenté lors de la séance du 19 octobre, le dispositif permettrait de réaliser 320 millions d’euros d’économies en régime de croisière. Selon les calculs de l’organisme chargé de la gestion du régime d’assurance chômage, 90 000 allocataires étaient potentiellement concernés par la mesure à fin juin 2023, et parmi eux, 45 000 percevaient déjà une indemnité réduite en raison de la mesure de dégressivité.

Au vu de la population visée (74% de cadres), ce sont majoritairement des hommes (66%) avec un niveau de diplôme élevé (48% avait un diplôme supérieur ou égal au bac+5, contre 7% seulement des allocataires non concernés par la mesure) qui sont davantage pénalisés par la dégressivité. Ils sont également plus âgés que les autres allocataires (43 ans, contre 38 pour ceux qui ne sont pas visés par la mesure) et perçoivent une indemnité journalière plus élevée (126 euros en moyenne, contre 37 euros pour les autres allocataires).

Jusqu’ici, pas de surprise, donc. Mais l’Unédic alerte sur les (nombreux) effets négatifs de la mesure. D’après une enquête réalisée par l’organisme auprès de 10 608 allocataires ayant ouvert un droit au chômage en 2022, la dégressivité des allocations a conduit à une nette baisse de la qualité de vie des demandeurs d’emploi concernés : «La moitié d’entre eux parlent de difficultés financières dès la perte d’emploi et deux tiers après la réduction de leur allocation», peut-on lire dans le document de travail transmis aux partenaires sociaux. Résultat : les allocataires touchés par la dégressivité «témoignent d’un sentiment d’injustice, au regard des années travaillées».

Retrouver plus vite un emploi… en faisant des concessions sur le niveau de salaire

Le bilan de la mesure, dont l’objectif est d’inciter les allocataires visés par la dégressivité à reprendre un poste plus rapidement, est mitigé. D’un côté, le taux de retour à l’emploi des allocataires touchés par la dégressivité (37%) est plus faible que celui des autres demandeurs d’emploi (58%). De quoi remettre en question l’efficacité de la mesure. De l’autre, certains chômeurs concernés par la dégressivité déclarent avoir précipité leurs démarches… au détriment toutefois de la qualité de l’emploi recherché ou retrouvé. Ainsi, selon le sondage mené par l’Unédic, 10% à 15% des répondants ont accéléré leur recherche d’emploi sous l’effet de la dégressivité. Mais surtout, la moitié des sondés en recherche d’emploi déclarent être prêts à des concessions sur le type de contrat ou les missions, et 40% sur le salaire. Même constat parmi ceux qui ont déjà retrouvé un emploi salarié (un sondé sur quatre) : 50% d’entre eux affirment avoir baissé leurs prétentions salariales et près de 10% n’auraient pas accepté cet emploi sans la dégressivité.

Le tableau est tout aussi noir du côté des demandeurs d’emploi ayant un projet entrepreneurial : un allocataire visé par la dégressivité sur trois a créé une entreprise, projet généralement décidé avant l’inscription à Pôle emploi. Mais parmi eux, 15% déclarent qu’ils auraient agi différemment sans la dégressivité. En effet, «ils auraient pris plus de temps pour monter leur projet ou auraient continué à chercher un emploi salarié», signale l’Unédic.

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