Dans le roman d'Orwell, 1984, Smith est à charge de changer, modifier, ré écrire l'information, l'histoire, la pensée. Il censure, ou ré interprète le fait, pour l'adapter à la doctrine.
Lors de l'hommage à Samuel Paty, un texte lu aux élèves ce lundi de rentrée, est en fait une version courte, expurgée des passages où Jaurès défend l’autonomie de l’enseignant et critique le recours excessif aux évaluations.
«Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants.» Ainsi s’ouvre la «Lettre aux instituteurs et institutrices» de Jean Jaurès, publiée le 15 janvier 1888 dans le journal la Dépêche de Toulouse. Après la lecture d’extraits lors de la cérémonie d’hommage à Samuel Paty à la Sorbonne le 21 octobre, le même texte sera lu par les professeurs lundi devant leurs élèves, juste avant la minute de silence.
Mais quel texte ?
De nombreux enseignants ont eu la surprise de découvrir qu’il leur avait été envoyé une version fortement raccourcie. Alertée par des collègues, Pauline, professeure de philosophie dans un lycée en Occitanie, vérifie en recherchant l’original dans un recueil de 1899 sur le site de la BNF. Elle découvre que dans la version qu’elle vient de recevoir, il manque trois paragraphes. Et même que la «fierté alliée à la tendresse», mentionnée par Jean Jaurès pour expliquer la «grandeur» de l’enseignant, s’est transformée en «fermeté» – un mot qui n’apparaît à aucun moment dans la lettre. Pour la professeure qui s’intéresse «pile en ce moment aux théories du complot» dans sa classe, ces omissions sont «une grosse maladresse, voire un peu révoltantes», surtout pour «un hommage à Samuel Paty et à la liberté d’expression».
De fait, les élèves sauront finalement par un cas concret ce que c'est que la propagande idéologique, à défaut de théorie du complot !
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