Et voilà, le projet de char du futur MGCS tombe à l'eau.
Berlin se méfie des Français, est jaloux sur la propriété intellectuelle, et voit Paris non pas comme un partenaire, mais comme un concurrent.
L'Allemagne traite mieux la Chine que la France.
Berlin ne comprend pas que face à la Russie, la Chine, l'Iran, la Corée du Nord, et dans le contexte du retrait américain, c'est au niveau européen que nous pourrons disposer d'une base industrielle de défense compétitive.
La question est posée, en ce premier jour du salon d'armement Eurosatory, par le président du CA du groupe industriel KNDS.
KNDS est issu de la fusion du français Nexter et de l'Allemand Wegmann en vue de bâtir un char franco-allemand : le MGCS (Main Ground Combat System) d'ici 2045.
Le président de KNDS accuse Berlin d'une méfiance excessive vis-à-vis de la France et, pire encore, d'un repli national égoïste en matière d'armement. À l'heure où les Européens doivent plus que jamais s'unir face à la Russie.
Les péchés de l'Allemagne sur le projet MGCS sont multiple :
- déstabilisation de la gouvernance du MGCS avec l'intégration au forceps, en 2019, de l'industriel Rheinmetall, un autre champion allemand de l'armement
- lancement par KNDS Allemagne d'un nouveau modèle allemand de char, soi-disant intermédiaire pour un lancement dans les années 2030, qui fait surtout penser à un retrait anticipé de l'Allemagne
- Berlin veut racheter les parts de Wegmann pour être à égalité avec l'état français, qui détient Nexter et donc la moitié de KNDS
- Berlin réclamerait des "droits de veto" sur la propriété intellectuelle.
Après avoir saboté le SCAF, fait bande à part sur les satellites avec un projet concurrençant la future constellation européenne IRIS2 et abandonné le projet d'avion de patrouille européen, Berlin nous promet une nouvelle désillusion sur le MGCS.
C'est agaçant de voir que l'Allemagne s'est largement ouverte à la Chine depuis 30 ans mais traite la France comme un adversaire.
Il faut une gouvernance européenne, par exemple en faisant de la Commission un arbitre indépendant en matière d'armement, pour transcender les clivages nationaux et les tentations de repli sur soi.

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