samedi 5 septembre 2026

LE RESEAU GLADIO

1948 : les prémices, avant même la création de l'OTAN

En 1948, l'OTAN n'existe pas encore : elle est créée en avril 1949. Les Britanniques et les Américains travaillent déjà à des dispositifs clandestins permettant de poursuivre une résistance en cas d'occupation soviétique de l'Europe occidentale.

Un premier mécanisme multilatéral apparaît en 1949, le Western Union Clandestine Committee, regroupant notamment la France, le Royaume-Uni et les pays du Benelux. En 1951, ses fonctions passent au Clandestine Planning Committee (CPC), qui doit travailler en relation étroite avec le commandement suprême allié en Europe (SHAPE).

Donc, l'idée du réseau est antérieure à son institutionnalisation dans l'OTAN.

CIA et MI6 

La CIA et le MI6/SIS ont effectivement joué un rôle majeur dans la mise en place et la formation de ces réseaux.

L'exemple italien est particulièrement bien documenté. Des officiers italiens furent notamment envoyés en Grande-Bretagne pour suivre une formation auprès du SIS britannique au début des années 1950. La documentation italienne montre également une coopération étroite avec les Américains.

Pour l'Italie, l'historien Leopoldo Nuti résume la situation : jusqu'au début des années 1960, la structure italienne était essentiellement le résultat d'une coopération clandestine entre le SIFAR italien et la CIA, avant son intégration plus poussée dans les mécanismes multinationaux de l'OTAN.

Mais « Gladio » n'est pas le nom de tout le réseau européen

Gladio est le nom de code de la structure italienne, et non le nom originel de l'ensemble des réseaux stay-behind européens.

L'Italie avait sa propre organisation clandestine, finalement connue sous le nom de Gladio (« glaive »). D'autres pays disposaient de structures portant d'autres noms et ayant des organisations nationales distinctes.

Le réseau italien a notamment été officiellement décrit dans les documents italiens comme une structure clandestine destinée à fonctionner en cas d'invasion soviétique, avec coopération avec les services alliés. Un rapport du SIFAR de 1959 décrit directement Gladio et ses fonctions au sein des structures de l'OTAN.

Quand l'OTAN intervient-elle exactement ?

C'est là qu'il faut éviter le raccourci « la CIA crée Gladio, puis l'OTAN la commande ».

La chronologie est plutôt :

1948-49 → développement des premières structures occidentales de résistance clandestine

1949 → création de l'OTAN

1951 → création du Clandestine Planning Committee

1950s → développement des réseaux nationaux stay-behind

1956 → protocole CIA-SIFAR officialisant la coopération américano-italienne concernant la structure italienne

1959 → l'Italie entre formellement dans le dispositif de coordination de l'OTAN

1964 → participation italienne à l'Allied Clandestine Committee (ACC)

1990 → Giulio Andreotti révèle publiquement l'existence de Gladio.

Le Sénat italien indique lui-même aujourd'hui que la structure italienne Stay Behind, connue sous le nom de Gladio, était une organisation clandestine destinée à agir en cas d'invasion soviétique et qu'elle était constituée dans le cadre de l'Alliance atlantique.

Et le point beaucoup plus controversé : le terrorisme italien

C'est ici qu'il faut séparer les faits établis des accusations.

Il est parfaitement établi que les réseaux stay-behind ont existé, qu'ils étaient secrets, qu'ils étaient liés aux services occidentaux et qu'ils ont été intégrés dans des mécanismes de coordination OTAN.

En revanche, « Gladio = organisation de terrorisme d'État pilotée par la CIA pour provoquer les attentats des années de plomb » n'est pas une conclusion historiquement établie de la même manière.

La commission parlementaire italienne sur le terrorisme a effectivement établi des liens entre certains milieux de l'extrême droite et la structure Gladio et a considéré que l'existence de ces réseaux posait de graves problèmes démocratiques.

Mais l'historien Leopoldo Nuti, après examen de la documentation parlementaire et des archives disponibles, conclut que les documents disponibles ne permettent pas d'établir que Gladio elle-même ait participé aux activités terroristes illégales des années 1960-1970.

Il faut donc être très prudent avec les formulations du type « la CIA et l'OTAN ont organisé les attentats de Bologne, de la Piazza Fontana, etc. » : ce n'est pas démontré par les archives disponibles.

AffirmationVerdict
Des réseaux clandestins stay-behind occidentaux ont existéCertain
Les États-Unis/CIA ont participé à leur créationCertain
Le MI6 britannique a participéCertain
Les premiers dispositifs remontent à la fin des années 1940Oui
L'OTAN a coordonné une partie de ces réseauxOui
Gladio était le nom de tout le réseau européenNon
Gladio était le nom du réseau italienOui
Gladio était directement une « organisation de l'OTAN » dès 1948Trop simplificateur / chronologiquement faux
Gladio avait pour mission initiale la résistance à une invasion soviétiqueOui
Gladio a été créée pour organiser le terrorisme intérieurNon démontré
Des éléments de l'extrême droite et des réseaux clandestins ont été impliqués dans le terrorisme italienOui, mais la chaîne de responsabilité exacte reste controversée

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire