Bonjour les amis,
Je suis à Gradignan, en Gironde, juste à côté de Bordeaux. Comme beaucoup d'habitants de la région et de vacanciers, nous allons évacuer avec les enfants (pas de risque d'incendies a priori, mais en raison des fumées et des cendres).
Les axes de progression des incendies restent très défavorables. Les femmes et les hommes qui combattent les flammes affrontent des conditions d'une extrême difficulté. Une nouvelle canicule arrive, le vent d'ouest continue de pousser les foyers, et les incendies génèrent désormais leurs propres vents, erratiques et imprévisibles, rendant chaque intervention encore plus dangereuse.
Depuis vendredi, l'air est devenu presque irrespirable. Autour de nous, les voisins se préparent à partir, mettent leurs animaux à l'abri, emportent quelques affaires. Il n'y a pas de panique, mais chacun comprend que la prudence est désormais la seule attitude raisonnable.
Plus de 42 000 hectares sont déjà partis en fumée et plus de 250 000 personnes ont dû être évacuées. Une catastrophe d'une ampleur historique, comme notre pays n'en avait plus connue depuis la deuxième guerre mondiale (exode et incendies de 1949).
Le temps viendra de demander des comptes.
Celui de s'interroger sur les conséquences d'un néolibéralisme qui, année après année, rogne les capacités de l'État, affaiblit les services publics, réduit les moyens de la Sécurité civile, de l'ONF, de la prévention, fragilise les pompiers volontaires, abandonne les petits agriculteurs qui entretiennent nos paysages et préfère financer des aventures militaristes idiotes plutôt que d'investir dans les Canadair, les équipements, les effectifs et la protection des Français. Ce débat devra avoir lieu. Et nous ne l'oublierons pas.
Mais aujourd'hui n'est pas le temps de la polémique. Aujourd'hui est celui du courage et de la solidarité.
Je pense d'abord à toutes les familles contraintes de quitter leur maison avec leurs enfants, leurs animaux, quelques souvenirs et beaucoup d'incertitudes. À tous ceux qui ignorent ce qu'ils retrouveront demain. Aux personnes âgées, aux plus fragiles, pour qui l'évacuation est une épreuve supplémentaire.
Et surtout, je veux saluer, comme tant d'autres le font, ceux qui tiennent la ligne de front. Les sapeurs-pompiers qui luttent sans relâche, , au péril de leur vie, parfois depuis des jours (on en a vu revenant du feu, certains sont très épuisés). Les équipages des Canadair, des hélicoptères et de l'A400M qui plongent dans les fumées pour tenter de ralentir l'inarrêtable. Les militaires, ceux de la Sécurité civile, les forces de l'ordre qui sécurisent les évacuations, les soignants, les bénévoles, les élus locaux et tous ceux qui assurent, dans l'ombre, la protection de la population.
Je pense aussi à ces agriculteurs, ouvriers, routiers, artisans, simples habitants qui sont venus spontanément avec leurs tracteurs, leurs camions, leurs citernes, leurs outils et leur courage pour épauler les secours. Comme si souvent dans les grandes épreuves, ce sont les femmes et les hommes de la première ligne qui répondent présents, sans calcul, sans attendre qu'on les appelle. Ceux que le pouvoir oublie aussi ensuite sauf pour les présurer.
À tous, je veux simplement dire merci. Et souhaiter que chacun puisse rentrer chez lui sain et sauf.
Source Kuzmanovic Georges
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