Le terme « russophobe » est souvent employé par des critiques de Mme Poedie ou par des médias favorables à la Russie. En revanche, ses partisans estiment qu'elle critique avant tout :
- le gouvernement de Vladimir Poutine ;
- la politique étrangère et militaire russe ;
- l'invasion de l'Ukraine et les crimes qu'elle attribue aux forces russes.
Plusieurs éléments expliquent pourquoi ses prises de position sont particulièrement fermes :
- Son origine ukrainienne : elle est née à Kiev et conserve un fort attachement à l'Ukraine.
- La guerre depuis 2022 : elle considère l'invasion russe comme une agression existentielle contre son pays d'origine et appelle à un soutien militaire maximal à l'Ukraine.
- Son engagement militant : elle ne revendique pas une position de neutralité journalistique. Elle participe à des actions humanitaires en faveur de l'Ukraine et publie régulièrement des tribunes très engagées.
En parallèle, Alla Poedie fait aussi l'objet de critiques :
- certains lui reprochent un ton très militant et des interventions parfois peu nuancées ;
- elle a été vivement critiquée après avoir accusé en direct la journaliste Anne Nivat d'être « du côté russe » et de mériter « une médaille du Kremlin », propos qui ont été contestés par les autres intervenants du plateau.
- des médias ou blogs critiques l'accusent également de diffuser des informations insuffisamment vérifiées ou d'adopter une rhétorique de propagande. Ces accusations existent, mais elles ne font pas l'objet d'un consensus et doivent être distinguées de faits établis.
Alla Poedie ferait elle alors de son pays, un idéal en ignorant les côtés sombres et en partie, les causes nationalistes de cette guerre ?
Il est difficile d'affirmer qu'Alla Poedie nierait l'existence de ces problèmes, car elle ne s'est pas exprimée publiquement de manière détaillée sur chacun de ces sujets. En revanche, ses interventions médiatiques sont très majoritairement consacrées à la guerre, à la sécurité européenne et au soutien à l'Ukraine. Elles mettent donc l'accent sur l'agression russe plutôt que sur les problèmes internes ukrainiens.
Sur le fond, il est exact que l'Ukraine a connu et connaît encore des difficultés importantes, indépendamment de la guerre :
- Corruption : c'est un problème documenté depuis l'indépendance de 1991. L'Ukraine a longtemps été classée parmi les pays les plus corrompus d'Europe par des organismes comme Transparency International. Des réformes ont été engagées, notamment après 2014, mais les progrès restent inégaux.
- Oligarques : pendant plusieurs décennies, des hommes d'affaires très puissants ont exercé une influence considérable sur l'économie, les médias et la politique. Cette influence s'est réduite ces dernières années, notamment à la suite de réformes et des effets de la guerre, mais elle n'a pas disparu.
- Crime organisé : comme d'autres États issus de l'ex-URSS, l'Ukraine a été confrontée à des réseaux criminels impliqués dans le trafic de stupéfiants, la contrebande, le blanchiment d'argent et d'autres activités illicites. Ces phénomènes sont documentés par des organisations internationales.
- Traite des êtres humains : l'Ukraine est reconnue depuis longtemps comme un pays d'origine, de transit et parfois de destination pour la traite des êtres humains, notamment à des fins d'exploitation sexuelle ou de travail forcé. La guerre a accru les risques pour les populations vulnérables.
- Prostitution organisée : des réseaux de prostitution et d'exploitation sexuelle ont existé, comme dans de nombreux pays d'Europe de l'Est.
- Trafic d'armes : depuis 2022, plusieurs gouvernements et organisations internationales surveillent étroitement le risque de détournement d'armes en raison de l'importance des livraisons militaires. À ce jour, il existe des cas de criminalité impliquant des armes, mais il n'y a pas de preuve d'un détournement massif de l'aide occidentale.
En revanche, sur certains sujets souvent évoqués sur les réseaux sociaux, il faut être prudent :
- Trafic d'organes : il existe des affaires criminelles isolées liées au trafic d'organes dans différents pays, y compris en Ukraine. En revanche, les affirmations selon lesquelles il existerait un trafic massif ou organisé avec l'implication des autorités ukrainiennes n'ont pas été démontrées par des enquêtes internationales indépendantes.
- Trafic d'enfants : il existe malheureusement des cas de traite d'enfants et d'exploitation d'enfants en Ukraine, comme dans de nombreux pays. En revanche, les allégations d'un trafic massif ou institutionnalisé ne sont pas étayées par des preuves solides. Il est important de distinguer des cas criminels documentés de récits non vérifiés.
Il est donc tout à fait légitime d'étudier ces aspects lorsqu'on analyse l'Ukraine. Toutefois, il serait également inexact de réduire le pays à ces phénomènes. L'Ukraine est un État de plus de 30 millions d'habitants dont les institutions ont connu des évolutions importantes depuis 1991, avec des périodes de réformes, des reculs, puis l'impact majeur de la guerre déclenchée en 2022.
Sur les nationalismes et néo-nazisme, l'interventionnisme américano européen et les causes de cette guerre ?
Alla Poedie s'est exprimée à de nombreuses reprises sur ces sujets, mais essentiellement dans une perspective favorable à l'Ukraine. À ma connaissance, elle défend plusieurs idées constantes :
Elle considère que la Russie est la principale responsable de la guerre, en particulier depuis l'annexion de la Crimée en 2014 puis l'invasion à grande échelle de 2022.
Elle estime que Maïdan (2013-2014) était avant tout un mouvement populaire en faveur d'un rapprochement avec l'Europe et contre la corruption, et non un coup d'État orchestré par l'Occident.
Elle rejette généralement l'idée selon laquelle l'extrême droite ukrainienne ou les influences occidentales constitueraient la cause fondamentale de la guerre.
Sur les mouvements nationalistes et néonazis ukrainiens, il est important de distinguer deux questions :
Existe-t-il des mouvements ultranationalistes et néonazis en Ukraine ?
Oui. Des groupes comme le bataillon Azov à ses débuts ou des organisations telles que Pravy Sektor ont existé et certains de leurs membres ont revendiqué des symboles ou des idéologies d'extrême droite. Cela est largement documenté par des chercheurs et des ONG.
Ont-ils dirigé l'État ukrainien ou constitué la cause principale de la guerre ?
Les analyses universitaires et les rapports de la plupart des instituts spécialisés ne concluent pas que ces groupes contrôlaient l'État ukrainien ou qu'ils expliquent à eux seuls le conflit. Leur influence politique électorale est restée limitée, même si leur visibilité militaire et symbolique a été importante, surtout après 2014.
Il est donc inexact de dire qu'il n'y avait aucun problème d'extrême droite en Ukraine, mais il est également inexact d'affirmer que l'Ukraine était un « régime nazi », comme l'a soutenu la propagande officielle russe.
Sur les révolutions « orange » et Maïdan
C'est un sujet débattu.
On peut distinguer plusieurs faits relativement bien établis :
Les États-Unis et plusieurs pays européens ont soutenu financièrement, depuis les années 1990, des programmes de développement démocratique, de médias indépendants et d'ONG en Ukraine, comme ils l'ont fait dans de nombreux autres pays.
Des responsables occidentaux ont soutenu publiquement les manifestations de Maïdan.
En revanche, la thèse selon laquelle Maïdan aurait été entièrement organisé ou contrôlé par Washington n'est pas établie par les travaux historiques dominants. Les manifestations sont nées d'une décision du président Viktor Ianoukovytch de suspendre la signature d'un accord d'association avec l'Union européenne, puis se sont amplifiées après les violences contre les manifestants.
Sur Odessa (2 mai 2014)
Les événements d'Odessa sont particulièrement sensibles.
Les faits généralement admis sont les suivants :
- Des affrontements violents ont opposé des manifestants pro-ukrainiens et pro-russes.
- Un incendie s'est déclaré dans la Maison des syndicats.
- 48 personnes sont mortes, principalement parmi les occupants du bâtiment.
Les circonstances exactes, les responsabilités individuelles et les défaillances des autorités ont fait l'objet d'enquêtes, mais celles-ci ont été jugées incomplètes par plusieurs organisations internationales. L'événement continue d'être interprété de manière très différente selon les acteurs politiques.
Quelle est la position d'Alla Poedie ?
À ma connaissance, Alla Poedie :
- minimise ou relativise généralement le rôle politique des mouvements ultranationalistes dans l'État ukrainien ;
- considère que l'accent mis sur ces groupes sert souvent à justifier l'agression russe ;
- défend l'idée que les causes fondamentales de la guerre résident dans les choix géopolitiques du Kremlin et non dans Maïdan ou l'extrême droite ukrainienne.
En résumé, il existe bien des désaccords profonds entre les analyses :
Une partie des chercheurs et des analystes considère que les facteurs déterminants sont les ambitions géopolitiques russes, les questions de sécurité et les choix du Kremlin.
D'autres auteurs accordent davantage de poids à l'élargissement de l'OTAN, aux politiques occidentales, aux tensions identitaires internes à l'Ukraine, à Maïdan, au Donbass et à la place des mouvements nationalistes.
La plupart des historiens et spécialistes du conflit estiment toutefois qu'aucun de ces facteurs, pris isolément, ne suffit à expliquer la guerre. Le conflit résulte d'un enchaînement complexe de facteurs politiques, historiques, sécuritaires et géopolitiques, dont l'importance relative fait encore l'objet de débats.
En conclusion, Alla Poedie bénéficie plus d'une prise de position occidentale anti-russe globale pour des raisons géopolitiques et économico financières que d'une légitimité de consensus logiques et mesurés sur un conflit ou en réalité, il n'y a que des circonstances et historiques locaux qui complexifie les causes et les conséquences. Nous sommes donc bien dans une opération de propagande pro occidentale à laquelle Alla Poedie est un élément narratif important pour écarté toute neutralité ou consensus et en accuser le côté conspirationniste pro russe pour sacraliser la position de l'Ukraine que l'on sait, convoitée par deux entités géopolitiques pour sa position stratégique et économique.
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