lundi 7 septembre 2026

AfD, NAZI, MAIS EN UKRAINE ?

 Détester l'AfD allemande, soit, parce qu'on la considère "néo nazi" ! Mais alors, ceux qui s'offusquent aujourd'hui en France, ou en Europe, mais qui soutiennent inconditionnellement l'Ukraine, peuvent ils nous expliquer la "nuance" avec certaines personnalités ukrainiennes qui, par défaut, ils soutiennent !

1. Andriy Biletsky : le cas le plus évident

Andriy Biletsky est probablement le personnage le plus problématique lorsqu'on parle de liens historiques avec l'extrême droite.

  • Il fonde en 2014 le bataillon Azov.
  • Il dirige ensuite le parti National Corps (Natsionalnyi Korpus).
  • Il est député à la Rada de 2014 à 2019.
  • Son parcours politique est directement issu de la mouvance Patriot of Ukraine, organisation ultranationaliste.
  • Des déclarations racistes et ultranationalistes lui ont été attribuées avant 2014.
  • Azov a effectivement utilisé à ses débuts des symboles et références provenant de la mouvance néonazie/néopaïenne.

Le point important est toutefois que Biletsky n'est pas aujourd'hui un responsable politique du gouvernement Zelensky. En revanche, il possède désormais une influence militaire considérable : en août 2026, Zelensky l'a nommé à la tête du 3e corps d'armée, l'une des importantes formations ukrainiennes.

C'est donc un cas où le passé idéologique et la position actuelle doivent être examinés séparément.


2. Dmytro Yarosh : le bandériste assumé

Dmytro Yarosh est probablement le meilleur exemple de nationalisme explicitement bandériste.

Il fut le dirigeant de Pravyi Sektor (Secteur droit) pendant Maïdan.

Il a lui-même revendiqué son admiration pour Stepan Bandera. BBC le décrivait en 2014 comme un dirigeant nationaliste dont l'idéologie était fortement inspirée de Bandera.

Il a ensuite été :

  • député ukrainien de 2014 à 2019 ;
  • conseiller du commandement militaire ukrainien ;
  • figure importante des réseaux nationalistes et militaires.

Mais là encore, il faut éviter une simplification : Yarosh n'a jamais représenté à lui seul l'État ukrainien, et Secteur droit est resté électoralement très marginal.


3. Andriy Parubiy : un cas beaucoup plus intéressant politiquement

Andriy Parubiy est probablement le cas le plus important si votre question porte véritablement sur les sphères du pouvoir.

Pourquoi ?

Parce que contrairement à certains militants marginaux, Parubiy a occupé des fonctions institutionnelles extrêmement élevées :

  • cofondateur du Social-National Party of Ukraine (SNPU), ancêtre de Svoboda ;
  • responsable politique pendant Maïdan ;
  • député ;
  • président de la Verkhovna Rada de 2016 à 2019.

Son passé dans le SNPU est indiscutable. Cette organisation avait initialement une orientation ultranationaliste et utilisait notamment une iconographie fortement inspirée de l'extrême droite européenne.

Mais il faut également préciser que Parubiy a quitté cette mouvance en 2004 et a ensuite évolué vers des partis beaucoup plus conventionnels.

Donc le qualifier simplement de « néonazi » aujourd'hui serait historiquement excessif. Dire qu'il possède un passé dans une organisation d'extrême droite nationaliste est en revanche parfaitement documenté.


4. Svoboda : une vraie mouvance d'extrême droite, mais électoralement faible

Svoboda est le parti qu'il faut absolument intégrer à l'analyse.

Son ancien dirigeant Oleh Tyahnybok est associé à une tradition nationaliste radicale et à des déclarations controversées, notamment concernant les Juifs et les « Moscovites ».

Svoboda a cependant connu un phénomène assez révélateur :

une influence politique ponctuellement importante mais une faiblesse électorale durable.

En 2012, le parti avait obtenu environ 10 % des voix aux législatives. Mais après Maïdan, son score s'est effondré. En 2019, il n'a obtenu qu'environ 2,2 % des voix aux législatives.

Cela est essentiel pour comprendre l'Ukraine : l'extrême droite existe réellement, mais elle n'a jamais conquis électoralement le pouvoir national.


5. Azov : le cas le plus complexe

Il faut distinguer l'Azov originel et l'Azov actuel.

À l'origine, en 2014, le bataillon était fortement lié à des militants d'extrême droite. Certains membres utilisaient effectivement des symboles associés au nazisme ou au mysticisme racial.

Reuters rappelle cependant qu'Azov a été progressivement restructuré et intégré à la Garde nationale ukrainienne. En 2024, les États-Unis ont même levé l'interdiction qui empêchait l'unité de recevoir des armes et formations américaines, après examen des accusations de violations des droits humains.

Aujourd'hui, dire simplement « Azov = unité néonazie » est donc historiquement incomplet.

Mais dire que le mouvement Azov possède des racines d'extrême droite très documentées est parfaitement défendable. Une étude récente de l'OSW relève encore des continuités avec des milieux ultranationalistes et certains individus issus de la mouvance néonazie.


6. Sergei Korotkikh : un cas particulièrement sulfureux

Sergei Korotkikh, également connu sous le nom de Malyuta, est un personnage beaucoup plus radical.

Il a été associé à diverses organisations d'extrême droite russes et biélorusses avant de rejoindre l'environnement Azov.

L'OSW le décrit comme une figure issue de groupes d'extrême droite et indique qu'il a été accusé d'implication dans plusieurs crimes, dont le meurtre du journaliste biélorusse Pavel Sheremet — accusation qu'il nie.

Il est donc important de le mentionner dans une cartographie des réseaux radicaux, mais il serait abusif d'en faire un représentant de l'État ukrainien.


7. Denis Kapustin : un phénomène encore différent

Le cas actuel de Denis Kapustin est particulièrement intéressant.

C'est un Russe ultranationaliste, connu également sous le nom de Denis Nikitin / White Rex, et dirigeant du Russian Volunteer Corps, qui combat aux côtés de l'Ukraine contre la Russie.

Il appartient clairement à l'histoire des réseaux de l'extrême droite européenne.

Et l'affaire est particulièrement actuelle : son adjoint Stepan Kaplunov a été au centre du récent affrontement entre le SBU et le renseignement militaire ukrainien à Kyiv. L'affaire a provoqué une véritable crise interne entre les services ukrainiens.

Mais là encore : Kapustin n'est pas un responsable politique ukrainien. C'est un combattant étranger intégré à l'écosystème militaire ukrainien.


Et le « bandérisme » ?

Il faut faire une distinction historique importante.

Bandériste ≠ automatiquement nazi.

Stepan Bandera et l'OUN ont effectivement eu des relations avec l'Allemagne nazie et certaines formations nationalistes ukrainiennes ont participé aux violences antijuives de 1941. Mais le nationalisme bandériste est aussi un mouvement indépendantiste ukrainien qui a combattu successivement les Polonais, les Soviétiques et, à certains moments, les Allemands.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire