« On a pas de professeurs, les classes elles sont blindés. On se sent délaissés et oubliés. (…) En première, l’an dernier, pendant 6 mois on a pas eu de prof de maths alors qu’on avait une preuve de bac à la fin de l’année »
— Célia (Alouicerlia RIP) (@OuiCerCelia) September 24, 2026
Toute la force à chacun d’entre eux ♥️ https://t.co/vGMPkAlmeA
1. Le mouvement ne semble pas avoir été lancé par une organisation lycéenne nationale
Le premier élément important est chronologique : le mouvement commence à l'intérieur même du lycée Saint-Exupéry, avant que des organisations politiques ou militantes ne s'en emparent.
Selon plusieurs sources concordantes :
- les personnels du lycée étaient déjà mobilisés à la rentrée ;
- une assemblée générale des personnels s'est notamment mise en grève les 18 et 21 septembre pour réclamer des moyens ;
- les élèves ont ensuite rejoint le mouvement, avec un premier blocus le vendredi 18 septembre, puis une poursuite de la mobilisation le lundi 21.
Les revendications sont très concrètes : manque d'enseignants, d'infirmière, de personnel administratif et médico-social, d'AESH, etc. Une source locale recense notamment 3 enseignants, un proviseur adjoint, une infirmière, une assistante sociale à temps plein et plusieurs personnels liés aux formations professionnelles manquants à la rentrée.
Il faut donc être prudent avec l'affirmation selon laquelle une organisation aurait "poussé les élèves" à commencer le mouvement : je ne trouve actuellement aucune preuve solide qu'une organisation lycéenne nationale ait déclenché le blocus de Saint-Exupéry.
2. En revanche, il existe un soutien syndical très clair
C'est probablement le point le plus important.
La mobilisation des personnels est antérieure à celle des élèves et elle est soutenue par plusieurs organisations syndicales de l'Éducation.
La CGT Éduc'action 94 avait déjà documenté en février 2026 une mobilisation des personnels de Saint-Exupéry pour obtenir une infirmière et une assistante sociale à temps plein.
Le SNES-FSU Créteil avait également relayé la grève de février sur le manque de personnels médico-sociaux.
Et surtout, le 22 septembre, la FSU-SNUipp 94 indique explicitement que les personnels de Saint-Exupéry se sont réunis en AG et se sont mis en grève les 18 et 21 septembre, en citant les postes revendiqués : AESH, AED, DDFPT, infirmière, proviseur adjoint, etc.
Le mouvement n'est donc pas né de rien : il existe un conflit social interne au lycée qui précède et nourrit la mobilisation des élèves.
3. Qui intervient politiquement autour du mouvement ?
C'est ici que les choses deviennent plus intéressantes.
Créteil Citoyenne, structure locale liée à la mouvance de La France insoumise, a publié le 20 septembre un texte affirmant explicitement son soutien aux personnels, aux élèves et aux parents. Elle appelle à poursuivre le mouvement dès le 21 septembre.
On trouve également une intervention très visible de Louis Boyard, député LFI du Val-de-Marne et ancien responsable lycéen de l'UNL. Le 21 septembre, il publie un message de soutien aux élèves de Saint-Exupéry et reprend leurs revendications concernant notamment les professeurs, le proviseur adjoint et les personnels médico-sociaux. Il rattache explicitement cette mobilisation à son combat politique contre le gouvernement.
Il faut toutefois distinguer deux choses :
soutenir et médiatiser le mouvement ≠ l'avoir créé.
À ce stade, je n'ai trouvé aucune source établissant que Boyard, LFI ou Créteil Citoyenne aurait organisé le premier blocus.
4. Et Révolution permanente ?
Il y a également un rôle important de Révolution permanente (RP).
RP a publié le 25 septembre un article présentant Saint-Exupéry comme le point de départ d'une mobilisation qui se serait ensuite étendue à de nombreux lycées du 93, 94 et 95. Le média appelle ouvertement les personnels et organisations syndicales à rejoindre le mouvement.
Mais là encore, cela ne démontre pas que RP ait créé le mouvement à Saint-Exupéry. Son propre récit indique plutôt que les élèves ont commencé à bloquer le lycée à partir d'une situation de conflit déjà existante avec l'administration et le rectorat.
En revanche, RP joue clairement aujourd'hui un rôle de relais militant et de généralisation du mouvement.
5. Le rôle des réseaux sociaux
C'est probablement là que se trouve la véritable mécanique de propagation.
Une fois le premier blocus réalisé à Saint-Exupéry, les vidéos et appels au blocage ont circulé sur les réseaux sociaux, puis le mouvement s'est étendu à d'autres lycées de Créteil, du Val-de-Marne, de Seine-Saint-Denis et du Val-d'Oise.
Cela ressemble donc davantage à :
Personnels de Saint-Exupéry → mobilisation des élèves → vidéos/réseaux sociaux → extension à d'autres lycées → récupération/relais par organisations militantes et politiques
plutôt qu'à :
une organisation politique → donne l'ordre aux lycéens → blocus.
6. Mais il y a un élément à surveiller : Louis Boyard et les réseaux militants
On trouve aujourd'hui des publications affirmant que Louis Boyard et l'influenceur Willy à la Prod étaient présents auprès des lycéens mobilisés à Saint-Exupéry. Une publication les présentant comme « présents pour encourager les jeunes mobilisés » circule actuellement.
Cela constitue un indice de soutien et de médiatisation, mais pas une preuve de l'origine du mouvement.
Il faut aussi rappeler que Boyard connaît particulièrement bien les mouvements lycéens : il avait été responsable de l'UNL lors des mobilisations de 2018. Le Monde le présentait alors comme un responsable de l'organisation qui appelait aux blocages.
Donc, si la question est « qui a poussé les élèves de Saint-Exupéry à bloquer ? », les éléments actuellement disponibles ne permettent pas d'attribuer le déclenchement à LFI, à une organisation lycéenne ou à Révolution permanente. Mais ce serait bien les représentations syndicales des enseignants, ou les enseignants eux même qui auraient "incités" les élèves a "bouger" eux aussi.
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