jeudi 17 septembre 2026

A SAVOIR

 La vulnérabilité énergétique du Moyen-Orient en septembre 2026 est devenue très concrète, car le problème n'est plus seulement la dépendance au détroit d'Ormuz : les infrastructures de contournement saoudiennes sont elles-mêmes touchées. Le point essentiel est que le pétrole et le gaz ne présentent pas la même vulnérabilité.

1. Les chiffres clés

FluxVolume habituelPart du commerce mondialDépendance à OrmuzSituation actuelle
Pétrole + produits pétroliers via Ormuz~20 Mb/j~25 % du pétrole maritime mondialTrès forteFlux très fortement réduits
Pétrole brut/condensats via Ormuz~15 Mb/j~34 % du commerce mondial de brutTrès forteFortement perturbé
Gaz naturel liquéfié (GNL)>110 milliards m³/an~19–20 % du commerce mondial de GNLTrès forteQatar/UAE fortement bloqués
Capacité de contournement pétrolier3,5–5,5 Mb/jlimitéeSaudi/UAE principalement
Pétrole destiné à l'Asie~80 % du pétrole passant par OrmuzTrès forteChine, Inde, Japon, Corée particulièrement exposés

Ces chiffres sont ceux de 2025, donc la meilleure référence pour mesurer la dépendance structurelle.


2. Dépendance des principaux exportateurs

Voici la structure des flux pétroliers passant par Ormuz en 2025 :

PaysBrut + condensats via OrmuzProduits pétroliersTotal via OrmuzVulnérabilité
🇸🇦 Arabie saoudite5,43 Mb/j0,806,23 Mb/jÉlevée, mais dispose de pipelines alternatifs
🇮🇶 Irak3,320,313,63Très élevée
🇦🇪 Émirats arabes unis2,021,223,24Moyenne/élevée
🇮🇷 Iran1,690,722,41Très élevée
🇰🇼 Koweït1,400,972,37Très élevée
🇶🇦 Qatar0,730,691,43Élevée
🇧🇭 Bahreïn00,210,21Très élevée
Zone neutre SA/Koweït0,350,35Élevée
TOTAL14,954,9319,87 Mb/j

Le paradoxe important

L'Arabie saoudite est à la fois le plus gros exportateur concerné et l'un des seuls pays capables de contourner Ormuz.

Elle possède notamment l'East-West Pipeline, permettant d'acheminer du pétrole vers la mer Rouge.

Mais aujourd'hui, cette solution est elle-même endommagée : trois stations de pompage ont été touchées le 17 septembre 2026. Le pipeline transportait normalement 4 à 5 Mb/j, soit environ 4–5 % de l'approvisionnement mondial. Les premières estimations parlent de plusieurs semaines pour les réparations.

C'est un changement majeur par rapport à une simple fermeture d'Ormuz.


3. Le gaz est encore plus problématique

Pour le GNL, la situation est beaucoup plus difficile à contourner.

ExportateurDépendance à Ormuz pour son GNL
🇶🇦 Qatar93 %
🇦🇪 Émirats arabes unis96 %
Qatar + UAE19 % du commerce mondial de GNL

Et contrairement au pétrole, il n'existe pratiquement pas d'itinéraire maritime alternatif permettant de sortir rapidement ces volumes du Golfe.

C'est pourquoi le choc gazier est particulièrement important.

L'IEA estime que les exportations de GNL du Qatar et des Émirats ont diminué de 35 milliards de m³ entre mars et juin 2026 par rapport à l'année précédente. La hausse de production de GNL aux États-Unis, en Afrique et ailleurs a permis de compenser environ les trois quarts de cette perte, mais pas la totalité.

L'EIA donne une autre illustration : le trafic pétrolier passant par Ormuz est passé de 20,9 Mb/j au 1er trimestre 2025 à seulement 4,9 Mb/j au deuxième trimestre 2026. Pour le GNL, le trafic est passé d'environ 11,7 à 0,8 milliard de pieds cubes/jour.


4. Qui dépend réellement du Moyen-Orient ?

C'est là que les conséquences deviennent très différentes selon les régions.

🇨🇳 Chine

Très exposée au pétrole du Golfe, mais elle possède :

  • des stocks stratégiques importants ;
  • des approvisionnements russes ;
  • des importations d'Afrique et d'Amérique ;
  • une capacité de raffinage importante.

Elle peut donc absorber une partie du choc, mais pas remplacer instantanément plusieurs millions de barils/jour.

🇮🇳 Inde

L'Inde est particulièrement exposée parce qu'elle importe énormément de pétrole et que la combinaison Golfe + Russie constitue une part majeure de son approvisionnement.

Elle est également fortement exposée au renchérissement mondial du pétrole même lorsqu'elle ne reçoit pas directement du pétrole du Golfe : le marché pétrolier est mondial.

🇯🇵 Japon / 🇰🇷 Corée du Sud

C'est probablement l'un des points les plus sensibles.

Ces pays ont :

  • très peu de production pétrolière domestique ;
  • une forte dépendance aux importations ;
  • une importante consommation de GNL ;
  • une forte exposition aux cargaisons du Moyen-Orient.

L'IEA indique que la Chine et l'Inde recevaient ensemble 44 % du brut transitant par Ormuz, tandis que Japon et Corée sont parmi les pays les plus dépendants des flux du détroit.


5. Et l'Europe ?

L'Europe est dans une situation assez particulière.

Pour le pétrole, elle est relativement moins dépendante d'Ormuz :

seulement environ 600 000 barils/jour, soit 4 % des flux de brut de la région, étaient directement destinés à l'Europe en 2025.

Mais pour le gaz, la situation est différente.

L'Europe entre actuellement dans l'hiver avec des stocks de gaz relativement bas. Reuters rapporte aujourd'hui un niveau de remplissage européen d'environ 67 %, inférieur à l'objectif de 80 % fixé pour décembre. La perte de GNL qatari arrive donc à un moment particulièrement défavorable.

Le problème européen est donc moins :

« Nous n'avons plus de pétrole du Moyen-Orient »

que :

« Nous devons maintenant concurrencer l'Asie pour les cargaisons de GNL disponibles ailleurs. »


6. Les États-Unis

Les États-Unis sont dans une situation beaucoup moins dépendante.

En 2025 :

490 000 barils/jour de pétrole brut provenaient des pays du Golfe, soit seulement 8 % des importations américaines de brut et environ 2 % de la consommation américaine de produits pétroliers.

Cela ne signifie toutefois pas « aucun impact ».

Le pétrole est une matière première mondiale : si plusieurs millions de barils disparaissent du marché international, le prix mondial monte, y compris pour le pétrole produit aux États-Unis.


7. Ce qui a changé en septembre 2026

C'est probablement le point le plus important de votre question.

Au départ, le raisonnement était :

Fermeture d'Ormuz → les pays du Golfe utilisent leurs pipelines → une partie du pétrole continue à sortir.

La capacité de contournement était estimée à :

3,5–5,5 Mb/j.

Mais aujourd'hui :

Ormuz reste fortement perturbé + les infrastructures saoudiennes de contournement sont attaquées.

L'attaque du 17 septembre contre trois stations de pompage de l'East-West Pipeline réduit donc précisément le mécanisme qui devait amortir le choc.

C'est une vulnérabilité en cascade :

Golfe → Ormuz → pipelines alternatifs → infrastructures portuaires → marché mondial


8. La situation peut être résumée ainsi

Flux énergétiques exposés à Ormuz

Volumes 2025 transitant par le détroit de Hormuz. Les chiffres pétroliers sont en millions de barils/jour ; le GNL est indiqué séparément.

0Mb/j6Mb/j12Mb/j18Mb/j24Mb/jPétrole totalBrut + condensatsProduits pétroliersCapacité alternative basseCapacité alternative haute

Sources : IEA, Kpler ; données structurelles 2025.

En termes de risque énergétique :

Pétrole :

  • le problème principal est la quantité ;
  • près de 20 Mb/j transitent normalement par Ormuz ;
  • les alternatives ne représentent qu'environ 3,5–5,5 Mb/j ;
  • l'Asie est la principale zone exposée ;
  • les attaques contre les infrastructures alternatives aggravent maintenant le problème.

Gaz :

  • le problème principal est l'absence d'alternative immédiate ;
  • près de 20 % du GNL mondial dépend d'Ormuz ;
  • Qatar + UAE sont extrêmement dépendants ;
  • l'Europe et l'Asie se retrouvent en concurrence pour le GNL disponible ;
  • le risque est particulièrement important à l'approche de l'hiver.

Et surtout

Il faut éviter de dire que « 20 % du pétrole mondial est bloqué » : ce serait trompeur.

Le chiffre correct est plutôt :

environ 20 Mb/j de pétrole et produits pétroliers transitaient normalement par Ormuz, soit environ 25 % du commerce maritime mondial de pétrole, mais pas 25 % de toute la consommation mondiale.

Et pour le GNL :

environ 19–20 % du commerce mondial de GNL dépend structurellement du détroit, avec pratiquement aucun itinéraire de remplacement pour le Qatar.

La vraie fragilité actuelle est donc moins une pénurie physique immédiate de pétrole au niveau mondial qu'une combinaison de flux interrompus, capacités de contournement limitées, stocks, hausse des prix et concurrence entre acheteurs asiatiques et européens. Le gaz est actuellement le segment où le remplacement des volumes perdus est le plus difficile.

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