En Finlande, le centre droit et l'extrême droite vont gouverner ensemble
Les partis de centre droit et d'extrême droite, ainsi que deux autres petits partis de droite, ont trouvé un accord pour former une coalition gouvernementale, a annoncé jeudi le conservateur Petteri Orpo, Premier ministre désigné.
Après près de deux mois de négociations tumultueuses, c'est le retour de l'extrême droite en Finlande : le dirigeant conservateur a annoncé jeudi 15 juin qu'il gouvernera le pays aux côtés du Parti des Finlandais, créant une nouvelle formation anti-immigration au pouvoir en Europe.
À la tête de la Coalition nationale (centre droit), Petteri Orpo a constitué une coalition gouvernementale avec le Parti des Finlandais, la formation d'extrême droite arrivée deuxième aux législatives, ainsi que deux autres petites formations de droite. Les quatre partis disposent de 108 des 200 sièges du Parlement.
"Je suis fier du bon programme et du résultat des négociations. Toutes les questions ont trouvé réponse", a-t-il dit à la presse à Helsinki, en présence des chefs des trois autres partis avec lesquels il va former un gouvernement.
Divergences sur le climat et l'immigration
Les pourparlers de coalition, qui ont débuté le 2 mai, ont été plus longs que d'ordinaire – ils durent généralement un mois en moyenne. Un délai qui s'explique par des divergences, principalement sur les politiques climatique et d'immigration, mais aussi sur l'aide au développement. "Nous avons eu des désaccords sur certains points et je suis sûr que nous en avons encore. Mais ce qui nous unit, c'est que nous voulons mettre de l'ordre en Finlande", a souligné le Premier ministre désigné.
Ce n'est pas la première fois qu'une telle alliance se met en place entre ces formations politiques. La droite a déjà gouverné avec le Parti des Finlandais (ex-Vrais Finlandais) entre 2015 et 2017, date d'une scission au sein de la formation eurosceptique qui avait abouti à une ligne plus dure.
Les membres des coalitions au Parlement finlandais héritent traditionnellement de postes de ministres et le deuxième parti au pouvoir prend généralement celui de ministre des Finances.
"Imprévisible"
Petteri Orpo, dont la principale promesse électorale était un plan d'économies de six milliards d'euros, a précisé qu'il dévoilerait son programme vendredi. "La Finlande se trouve dans une situation très difficile. Nous avons dû chercher des économies partout", a-t-il insisté.
Mais gouverner avec l'extrême droite pourrait s'avérer "imprévisible", a estimé auprès de l'AFP Mikko Majander, politologue au thinktank Magma. D'autant que leur base électorale perçoit avec scepticisme la cure d'austérité promise par le Premier ministre.
Selon Mikko Majander, les autres difficultés concerneront les affaires européennes. "Surtout en ce qui concerne la dette commune : la Finlande en général n'en veut pas, mais le Parti des Finlandais ont une ligne plus dure que la Coalition nationale pro-UE", a-t-il déclaré à l'AFP.
En effet, jusqu'à présent allié au Parlement européen du Rassemblement national (RN) français ou encore de la Ligue italienne au sein du groupe Identité et démocratie, le Parti des Finlandais a annoncé début avril rejoindre le groupe eurosceptique des Conservateurs et réformistes européens, qui incluent notamment la formation nationaliste polonaise "Droit et Justice" et les "Frères d'Italie" de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.
Installé depuis plus de vingt ans dans la vie politique finlandaise, le parti est classé par les politologues entre la droite souverainiste et l'extrême droite. Il est également climatosceptique et veut repousser l'objectif que s'est fixé la Finlande d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2035.
Militant à long terme pour un "Fixit" – une sortie de la Finlande de l'Union européenne –, la formation a basculé ces dernières années d'un discours principalement eurosceptique vers une priorité anti-immigration.
Le parti d'extrême droite a atteint un score record de 20,1 % des voix aux législatives du 2 avril.
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