samedi 27 avril 2024

MACRON BALANCE LE VRAI PROJET

 

Discrètement, Macron annonce la transformation de l’Union en fédération


Macron s’est employé à créer une attente démesurée autour du discours qu’il a prononcé ce jeudi sur son ambition pour l’Europe. Ce moment devait relancer la campagne de la majorité présidentielle, qui est en difficulté. Il reste à démontrer que ce discours qui a peu enthousiasmé les scribes salariés du cartel de la presse subventionnée atteindra son objectif. Mais, au détour d’une phrase, on aura compris beaucoup de choses : la France va disparaître au profit d’une entité fédérale européenne. On ne pourra pas dire qu’on ne le savait pas.

Lors de son discours de la Sorbonne, assez largement jugé décevant (notamment du fait d’envolées lyriques creuses mais abondantes), Emmanuel Macron a prononcé une phrase dont le déryptage en dit long sur les enjeux de la prochaine mandature que nous avons déjà évoqués : la création d’une fédération européenne qui renverra les Etats-nations aux oubliettes. 

« Sept ans après le discours de la Sorbonne [en septembre 2017], je souhaitais venir ici dans ce même lieu pour renouer le fil de nos accomplissements et parler de notre avenir : notre avenir européen, mais qui est par définition l’avenir de la France » Emmanuel Macron

Autrement dit, l’avenir de la France se dissout dans l’Europe et dans sa transformation en un tout fédéral.

Il y a évidemment ceux qui nieront mordicus la portée de cette annonce. Et ceux qui ont compris que, derrière les mots couverts, c’est le pire qui s’annonce : la fédération européenne, avec une Commission à sa tête transformée en “exécutif européen”, comme le souhaite déjà Raphaël Glucksmann.

Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas : cette phrase vient en introduction du discours de Macron. 

Source : https://lecourrierdesstrateges.fr/2024/04/25/discretement-macron-annonce-la-transformation-de-lunion-en-federation/?

L'EUROPE VIEILLISSANTE

 

"Au revoir les bébés... Au revoir les travailleurs" : l'Europe peut-elle ralentir l'impact de sa société vieillissante

Par Erik-Jan van Harn et Maartje Wijffelaars de Rabobank

Résumé

  • La population européenne vieillit, ce qui freinera la croissance économique dans les décennies à venir.
  • Des défis se posent en matière de protection sociale, de viabilité de la dette et même d’autonomie stratégique.
  • Les remèdes potentiels au déclin de la main-d’œuvre diffèrent selon les pays, mais dans l’ensemble, il n’existe pas de solutions faciles.
  • Pour protéger l’État-providence, maintenir des finances publiques viables et soutenir la quête européenne d’autonomie stratégique, une croissance plus élevée de la productivité semble essentielle.

La transition démographique

Le changement s’accompagne souvent de difficultés et d’inconfort. La plupart d’entre nous se concentrent sur les transitions qui nous sont les plus visibles : la transition énergétique, un ordre mondial changeant ou le progrès technologique. Il existe cependant une autre transition, moins visible : celle de la démographie. Au cours des six dernières décennies, les taux de fécondité ont chuté, tandis que l’espérance de vie a atteint des niveaux sans précédent. Ces changements ont fondamentalement modifié le paysage démographique de l'Europe et, par conséquent, sa main-d'œuvre.

Même si l'Europe n'est pas unique en la matière, elle est confrontée à un défi démographique pressant. Malgré les efforts du gouvernement pour augmenter les taux de fécondité, les progrès restent limités. Les facteurs culturels, sociologiques et économiques l’emportent obstinément sur les incitations offertes par les gouvernements. Alors que nous sommes aux prises avec ce problème persistant, à quoi pouvons-nous nous attendre ?

Dans ce rapport, nous abordons trois questions clés :

  • Quel sera l’impact de la démographie sur la croissance économique structurelle des principaux États membres ?
  • Quels défis découlent de ce changement démographique ?
  • Quelles stratégies peuvent être utilisées pour relever ces défis ?

Évaluation du paysage actuel

Le marché du travail a été particulièrement dynamique ces dernières années. Les taux de chômage ont atteint des niveaux historiquement bas et davantage de personnes sont entrées sur le marché du travail. Mais si nous évaluons le paysage actuel, les perspectives démographiques à long terme de l’Europe semblent loin d’être optimistes.

La démographie évolue à travers le continent, même si l’impact sur l’offre de main-d’œuvre varie selon les pays. Alors que certains pays, comme la France, devraient connaître des effets démographiques relativement bénins, d’autres, comme l’Allemagne et l’Italie, font face à des perspectives moins roses. Pour l’Allemagne, la contribution annuelle du travail à la croissance économique devrait atteindre en moyenne environ -0,5 % jusqu’en 2035, en raison du départ des baby-boomers et de la génération X de la population active (voir figure 4). En Italie, le défi persiste après 2035, car les taux de fécondité et le solde migratoire devraient rester inférieurs à ceux de l’Allemagne.

L'Espagne et les Pays-Bas se trouvent dans une position intermédiaire. Ils sont également aux prises avec le vieillissement de la population et ses implications pour l’économie, mais moins que l’Italie et l’Allemagne au cours des deux prochaines décennies. En Espagne comme aux Pays-Bas, il faudra attendre 2030 avant que l’offre de main-d’œuvre – en heures – commence à se contracter. Mais alors que la contribution annuelle négative du travail restera très faible aux Pays-Bas, elle devrait augmenter avec le temps en Espagne.

L'âge n'est qu'un chiffre, mais les chiffres comptent

Au cours de la dernière décennie, une offre croissante de main-d’œuvre a joué un rôle central dans le moteur de la croissance économique, compte tenu notamment des gains de productivité relativement modestes. Toute baisse ou tout impact négatif sur la contribution du travail pourrait entraver considérablement la croissance économique globale. Même si une croissance plus faible à court terme ne pose peut-être pas de crise immédiate, des défis durables pourraient surgir en ce qui concerne les services publics, la viabilité de la dette et l'autonomie stratégique de l'Europe.

Services publics et retraites

À mesure que les projections démographiques se déroulent, le nombre de travailleurs disponibles diminue et l’équilibre entre retraités et travailleurs actifs se modifie. Actuellement, il y a environ un retraité pour trois travailleurs dans la zone euro, mais ce chiffre devrait baisser à deux travailleurs d'ici 2040. Ce changement pourrait mettre à rude épreuve l'accessibilité financière des services publics. Par exemple, les coûts des soins de santé devraient augmenter à mesure que la population vieillit (voir figure 6), tandis que les recettes fiscales pourraient stagner ou croître à un rythme plus lent. Une autre question préoccupante est la viabilité des systèmes de retraite. Dans la plupart des pays européens, les retraites fonctionnent selon un modèle par répartition, dans lequel les prestations des retraités sont financées par les cotisations des personnes actuellement employées. En théorie, ce système fonctionne sans problème. Mais à mesure que la proportion de retraités augmente par rapport à la population active, le fardeau qui pèse sur les cotisants d'aujourd'hui devient considérable.

Certains pays ont introduit des modifications automatiques des cotisations, des prestations ou de l’âge légal de la retraite afin d’alléger une partie de la pression sur les finances publiques lorsque cela s’avère nécessaire. Aux Pays-Bas et en Italie, par exemple, l'âge légal de la retraite est lié à l'espérance de vie. Même si ces mesures atténuent le coup dans une certaine mesure, le fardeau qui pèse sur les finances publiques restera probablement important et devrait encore s’alourdir dans plusieurs pays. Ce fardeau est particulièrement problématique si un large accès à la retraite anticipée abaisse l’âge effectif de la retraite, comme c’est le cas en Italie.

Les Pays-Bas se démarquent de leurs homologues européens. Environ la moitié de ses droits à pension sont financés par des fonds privés, offrant une approche unique pour relever ce défi.

Viabilité de la dette et autonomie stratégique

Une société vieillissante pose également des défis en matière de viabilité de la dette publique. Sans augmentation substantielle de la croissance de la productivité, on peut s’attendre à un ralentissement de la croissance économique et, par conséquent, à une diminution des recettes fiscales. Simultanément, les dépenses de santé et de retraite augmenteront, comme l'illustre le graphique 6. Ces tendances, toutes choses égales par ailleurs, entraîneront une augmentation du déficit budgétaire primaire et une diminution de l'abordabilité de la dette, mesurée par le ratio des paiements d'intérêts. aux revenus. Une part croissante des revenus sera affectée au service des intérêts sur la dette existante. Des dépenses correctives dans d’autres domaines et/ou des mesures fiscales seront probablement nécessaires pour éviter que le solde budgétaire global ne devienne incontrôlable, ce qui augmenterait simultanément les besoins de financement et la dette publique. Une croissance plus élevée de la productivité pourrait atténuer le besoin d’austérité, car elle générerait des recettes fiscales plus élevées avec la même quantité de travail, mais ce n’est pas une évidence. Il est toutefois certain qu’une plus forte croissance de la productivité rend les hausses d’impôts moins pénibles. En outre, les gains de productivité et d’efficacité dans le secteur de la santé pourraient freiner l’augmentation des dépenses de santé. Une croissance plus rapide de la productivité pourrait donc s’avérer cruciale pour éviter une spirale négative entre les mesures d’austérité et la croissance dans certains pays.

Le déclin démographique aura également des implications sur les aspirations géopolitiques de l’Union européenne. Premièrement, cela aura un impact direct sur la détérioration de la viabilité de la dette, au moment même où l'agenda stratégique de l'UE nécessite des investissements substantiels dans les capacités militaires, la transition énergétique et le développement industriel. Au-delà des effets directs sur la capacité de service de la dette, le déclin démographique en Europe entraînera également un changement dans la puissance géopolitique relative de l'UE. L'UE possède actuellement le plus grand marché unique au monde et les entreprises se conforment donc aux normes de produits de l'UE. L’UE occupe donc une position de superpuissance réglementaire. Cependant, à mesure que le marché de consommation européen rétrécira dans les décennies à venir, il est probable que l'énergie qui en découle diminuera également. Cela vaut évidemment aussi pour les autres formes de soft power que l’Europe possède (encore) comme ses valeurs culturelles et démocratiques.

La bonne nouvelle pour l’UE en ce qui concerne sa puissance relative sur la scène mondiale est que les problèmes de l’Europe ne sont pas uniques et que de faibles taux de fécondité et des sociétés vieillissantes prédominent dans de nombreux pays du monde. Par exemple, si la tendance actuelle se poursuit, la population chinoise devrait diminuer de moitié dans les décennies à venir. Ces projections à long terme sont par nature incertaines, mais il est facile d’affirmer que la situation démographique est encore pire en Chine qu’en Europe. Outre des taux de fécondité plus faibles, la Chine souffre également de l’émigration. D’un autre côté, les États-Unis connaissent un afflux de migrants relativement plus important et des taux de fécondité nettement plus élevés que l’Europe. En ce qui concerne la démographie, les États-Unis ont l’avantage.

Pouvons-nous éviter le déclin de l’offre de main-d’œuvre ?

L’avenir ne s’annonce pas très rose pour certains pays, mais heureusement, les changements sont prévisibles et relativement lents. Cela laisse place à une intervention politique. Mais que peuvent faire les gouvernements pour éviter ou au moins ralentir le déclin prévu de l’offre de main-d’œuvre (en heures) ? En termes généraux, trois facteurs clés façonnent l’offre totale de main-d’œuvre au sein d’une économie : la population en âge de travailler, le taux d’activité et les heures travaillées par travailleur.

Population en âge de travailler

Tout d’abord, nous considérons la population en âge de travailler. À long terme, les principaux facteurs déterminants sont le taux de fécondité et le solde migratoire. Des campagnes récentes dans des pays comme le Danemark, l’Italie et la Chine ont souligné le défi que représente l’augmentation des taux de fécondité. Vous ne pouvez tout simplement pas forcer les gens à avoir des bébés et les décisions sont déterminées par de multiples facteurs, notamment la nature, la culture et l’économie. Même en cas de succès, les effets de telles campagnes pourraient mettre jusqu’à deux décennies à se matérialiser.

La migration représente une autre voie pour renforcer la population en âge de travailler. L’Espagne est un bon exemple de pays où la migration atténue les effets du vieillissement de la population. Cependant, ce chemin n’est pas sans obstacles. Les sentiments populistes dans certains pays ont rendu les travailleurs étrangers moins bienvenus. En outre, pour contrecarrer pleinement le déclin de la population en âge de travailler, un afflux important de migrants serait nécessaire. Pour l’Allemagne, cela pourrait signifier accueillir entre 200 000 et 400 000 travailleurs par an au cours des prochaines décennies. Il n’est pas évident que les pays européens puissent trouver aussi facilement des travailleurs qualifiés à l’étranger, car les barrières linguistiques et culturelles compliquent encore les choses.

Une approche alternative consiste à redéfinir la notion d’« âge de travailler » en relevant l’âge légal de la retraite. La France, par exemple, a relevé l’âge de la retraite de 62 à 64 ans l’année dernière. Même si cette stratégie s’avère très efficace, l’expérience récente met également en évidence le caractère controversé de ces ajustements. Le président français Emmanuel Macron a dû édulcorer sa proposition initiale de relever l'âge de la retraite à 65 ans, lorsque des manifestations à l'échelle nationale ont paralysé le pays. En Italie, une réforme des retraites de 2011 a lié l'âge de la retraite à l'espérance de vie, ce qui a conduit à un âge légal de la retraite de 67 ans à partir de 2019. Pourtant, l'âge auquel les travailleurs prennent effectivement leur retraite est bien plus tôt, car les gouvernements ultérieurs ont ouvert la porte à une retraite anticipée. retraite.

Taux de participation

Et si nous pouvions mobiliser une plus grande part de notre population en âge de travailler, c'est-à-dire augmenter le taux d'activité ? La vérité est que pour la plupart des grands États membres, la marge d’amélioration semble limitée, car les taux de participation sont élevés et relativement comparables. L’Italie constitue toutefois une exception notable. Par coïncidence, l’Italie est également confrontée à des défis importants. La clé réside dans la participation des femmes italiennes au marché du travail. Alors que le taux d’activité des hommes italiens reflète étroitement celui des autres grandes économies européennes, le taux d’activité des femmes italiennes est beaucoup plus faible. L'écart entre les taux de participation des hommes et des femmes est d'environ 10 % dans la plupart des pays européens, mais pour l'Italie, il représente plus du double. Si l’Italie parvient à encourager davantage de femmes à rejoindre le marché du travail, elle pourrait atténuer en partie le problème urgent du déclin de sa population en âge de travailler.

Heures moyennes travaillées

Et si les travailleurs travaillaient simplement davantage ? En comparaison avec l’Asie ou l’Amérique du Nord, les Européens sont souvent à la fois ridiculisés et enviés pour leurs vacances d’été prolongées et leur mentalité de travail de 9h à 17h. Bien qu’il y ait une part de vérité dans cette perception, des variations significatives existent au sein de la zone euro.

Prenons l’exemple de la Grèce, où les travailleurs travaillent en moyenne plus de 1 900 heures par an, soit environ 8 % de plus que leurs homologues américains. A l’inverse, en Allemagne par exemple, les salariés travaillent annuellement environ 500 heures de moins qu’en Grèce. Cependant, convaincre les travailleurs européens d’augmenter leurs heures de travail n’est pas facile, car la tendance va actuellement dans la direction opposée – même si l’Italie a résisté à cette tendance depuis la pandémie. Si les effets de la composition de la main-d'œuvre jouent un rôle, il semble également y avoir un changement structurel dans l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée des Européens. Au contraire, l’étroitesse du marché du travail et la part historiquement faible de personnes souhaitant travailler plus d’heures qu’eux suggèrent qu’il s’agit davantage d’une question d’offre que de demande. Ainsi, encourager les Européens à travailler plus d’heures nécessitera des incitations robustes. Les gouvernements étudient les moyens d'inverser la tendance actuelle, mais n'ont pas encore obtenu beaucoup de succès.

Quelles mesures auraient le plus grand impact ?

Heureusement, les changements démographiques qui se produisent en Europe sont à la fois prévisibles et quantifiables. Cette prévoyance offre aux gouvernements une fenêtre d’opportunité cruciale pour agir avant que les défis ne s’aggravent. Notre analyse s’est penchée sur les trois facteurs qui déterminent l’offre de main-d’œuvre : la population en âge de travailler, les taux de participation et les heures moyennes travaillées par travailleur. Pour évaluer ce qui peut être fait, nous ajustons chaque variable séparément. Même s’il semble irréaliste d’isoler ces effets, cela montre clairement dans quels domaines les pays peuvent s’améliorer.

Augmenter l'âge légal de la retraite

Examinons l'impact des changements sur la population en âge de travailler. Relever l’âge de la retraite ne sera certainement pas une mesure populaire. Pourtant, étant donné le climat politique actuel de l'Europe, cela pourrait s'avérer plus réalisable qu'une augmentation significative de la migration nette. Dans le cadre de cet exercice, nous avons relevé l'âge légal de la retraite à 68 ans d'ici 2034 dans tous les pays.

Cet ajustement bénéficierait particulièrement à l’Italie et à la France. Même si l'âge légal de la retraite en Italie est relativement élevé (67 ans et 3 mois), seule une fraction des Italiens travaillent jusqu'à cet âge en raison des dispositions en matière de retraite anticipée. Compte tenu de la taille de cette cohorte, un âge effectif de départ à la retraite plus élevé pourrait avoir un impact, mais ne parviendrait pas encore à inverser complètement les défis démographiques.

La France se trouve dans une position différente. Le pays bénéficierait largement du fait que l’âge actuel de la retraite soit bien inférieur à 68 ans, et ses perspectives démographiques relativement positives pourraient encore s’améliorer.

Pour les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Espagne, l’effet est plus modeste. Ces pays maintiennent déjà des taux de participation plus élevés pour une tranche d’âge spécifique que d’autres. Sans surprise, l’ajustement de l’âge de la retraite ne suffira pas non plus à contrecarrer complètement le déclin démographique en Allemagne.

Augmenter le taux de participation

Une autre approche à considérer consiste à augmenter les taux de participation au marché du travail. Notre analyse suppose une amélioration progressive du taux d'activité de la population en âge de travailler, avec pour objectif un objectif ambitieux de 85 %, ce qui est conforme au taux d'activité des Pays-Bas.

Comme prévu, cet ajustement produirait des résultats remarquables pour l’Italie. Le taux de participation devrait augmenter de plus de 20 points de pourcentage (soit plus de 30 % en termes relatifs), ce qui apporterait un coup de pouce indispensable. Fait remarquable, cette augmentation pourrait même inverser le déclin prévu de l’offre de main-d’œuvre, favorisant ainsi la croissance. L'Espagne en bénéficierait également, quoique dans une moindre mesure. Puisque nous avons augmenté le taux de participation au niveau néerlandais, il n’y a aucun impact pour les Pays-Bas. Mais bien entendu, et contrairement à l’âge légal de la retraite, les gouvernements ne peuvent pas simplement « appuyer sur un bouton » pour augmenter le taux d’activité. Cela peut nécessiter une série de mesures et d’incitations qui fonctionnent à la fois du côté de la demande et de l’offre du marché du travail.

Augmenter la moyenne des heures travaillées

Pendant la pandémie, la moyenne des heures travaillées par travailleur dans la zone euro a connu une baisse significative et dans de nombreux pays, elle n’est pas revenue aux niveaux d’avant la pandémie. Dans certains pays, le déclin suit une tendance qui avait déjà commencé (bien) avant la pandémie. Dans d’autres, une nette intensification ou une « nouvelle » tendance est visible. Dans notre scénario, nous supposons que la durée moyenne du travail s'élève à 1 800 heures, soit juste au-dessus de la durée moyenne du travail en Italie.

L’impact serait plus prononcé en Europe occidentale, où les travailleurs travaillent actuellement moins d’heures. Par exemple, en Allemagne, ce changement entraînerait une augmentation de 30 % de l’offre de main-d’œuvre. Dans le sud de l’Europe, où les travailleurs travaillent déjà plus d’heures en moyenne, l’effet serait moins prononcé. Une augmentation aussi spectaculaire des heures travaillées dans les pays d’Europe occidentale entraînerait très probablement une détérioration d’autres paramètres, comme le taux d’activité, comme nous le montrerons dans le paragraphe suivant. Cela souligne néanmoins le potentiel d’amélioration de ce point de vue.

Pas de solution miracle, juste un tsunami argenté

Même si les données ci-dessus semblent prometteuses, on ne peut guère s’attendre à ce que ces facteurs s’améliorent isolément. Il existe une forte corrélation entre la productivité, les heures travaillées et les taux de participation au marché du travail. Cependant, la relation causale n’est pas tout à fait claire. Une productivité améliorée pourrait se traduire par une diminution du nombre d’heures travaillées, par exemple à mesure que la nécessité de semaines de travail plus longues pour maintenir un certain mode de vie diminue. D’un autre côté, travailler moins d’heures pourrait également conduire à une productivité plus élevée en raison de rendements décroissants. De même, il existe une relation réciproque entre les taux de participation et les heures travaillées. Les personnes qui entrent sur le marché du travail lorsque les taux d’activité sont déjà élevés ont tendance à travailler moins d’heures. Cela résulte probablement du maintien d’un équilibre adéquat entre vie professionnelle et vie privée au niveau du ménage, en particulier lorsque des enfants sont impliqués.

Cette triste réalité suggère qu’il n’existe pas de solution miracle à ces défis, à moins que les travailleurs ne soient persuadés d’apporter des changements de manière indépendante. Qu’il s’agisse de travailler plus d’heures, de prolonger leur carrière ou de conserver des contrats à temps plein même si la productivité et les taux de participation s’améliorent, chaque scénario nécessite de sérieux efforts pour convaincre les travailleurs. Les Italiens ont récemment démontré qu’une telle chose était effectivement possible. Les heures moyennes travaillées ont augmenté par rapport aux années pré-pandémiques, malgré le fait que le taux d’activité a continué d’augmenter. Aller à contre-courant nécessitera cependant un engagement supplémentaire.

La croissance de la productivité reste une question ouverte

Outre la lutte contre le déclin démographique en encourageant une participation accrue au marché du travail, un autre facteur crucial à prendre en compte est l’amélioration des niveaux de productivité. Une croissance plus élevée de la productivité pourrait atténuer l’impact négatif de la diminution de l’offre de main-d’œuvre sur l’économie. Cependant, atteindre cet objectif est loin d’être simple. Malgré de nombreuses tentatives pour la relancer, la croissance de la productivité dans la zone euro a pratiquement diminué de moitié depuis la crise financière mondiale (GFC). Bien que l’on s’attende beaucoup à ce que les progrès technologiques en matière d’IA inversent la tendance, le niveau d’incertitude actuel rend trop difficile l’élaboration de conjectures définitives sur l’ampleur et l’importance potentielles d’une telle augmentation de productivité. Il en va de même pour l’impact des réformes et des investissements stimulés par la facilité de relance et de résilience de l’UE, en particulier dans les États membres du sud de la zone euro. Il s'agit également d'initiatives visant à renforcer l'autonomie stratégique de l'Europe en concentrant davantage d'investissements sur l'énergie durable, le secteur des semi-conducteurs, etc. Ces questions dépassent cependant le cadre de cette note de recherche.

Conclusion

Il y a plusieurs décennies, il était déjà clair que l’Europe serait à un moment ou à un autre confrontée aux problèmes liés au vieillissement de sa population. Même si les gouvernements se sont préparés dans une certaine mesure, cela ne suffira probablement pas à inverser la tendance. Une population (active) en diminution mettra à mal les perspectives économiques de l'Europe, même si le potentiel de la population en âge de travailler est poussé à ses limites. Une croissance économique plus faible n’implique pas automatiquement une baisse du bien-être dans la même mesure, étant donné qu’il faut partager le gâteau avec moins de personnes. Cela dit, cela aura un impact profond sur des facteurs tels que le caractère abordable des services publics et des prestations sociales, la viabilité de la dette et sur la puissance relative de l'Europe par rapport à ses alliés et à ses rivaux. Afin de maintenir l’État-providence et d’éviter une spirale négative d’austérité et de croissance économique, les gouvernements devront probablement à la fois encourager l’offre de main-d’œuvre et trouver des moyens d’améliorer la productivité de sa main-d’œuvre. C'est plus facile à dire qu'à faire.

PDF complet disponible ici .

L'UKRAINE DEPESSEE

 

Le président polonais confirme que l’industrie agricole ukrainienne est majoritairement détenue par des entreprises étrangères

 

Andrzej Duda est intégré à l’un des gouvernements considérés universellement comme les plus pro-étasuniens et anti-russes de toute l’histoire, si bien qu’on ne pourrait pas l’accuser de “propager la propagande du Kremlin” sur ce sujet à scandale.

L’Oakland Institute a publié en février 2023 un rapport détaillé sous le titre : Guerre et spoliation : la prise de contrôle des terres agricoles ukrainiennes, qui expliquait comment des sociétés étrangères ont clandestinement pris le contrôle d’une part significative des exploitations agricoles ukrainiennes en exploitant une loi libérale en connivence avec des oligarques locaux. Ces découvertes ont fait des vagues à l’époque de la publication du rapport, mais l’attention du grand public en a été détourné après que des organes de communication occidentaux comme USA Today l’ont prétendument “debunké”.

Ces organes de communication occidentaux ont exploité la confusion dans l’esprit des visiteurs des médias sociaux entre contrôle direct et prises d’intérêts indirectes pour jeter le discrédit sur le rapport de l’Oakland Institute, si bien que l’opinion publique s’en est détournée. Qui aurait pu deviner que ce serait rien moins que la personne du président polonais, Andrzej Duda, qui allait lui insuffler une nouvelle vie au travers d’une interview menée par la radio et télévision nationale lituanienne ? Il était en train d’exposer les problèmes que connaît la Pologne en raison des importations agricoles ukrainiennes au moment où il a lâché cette bombe :

J’aimerais attirer particulièrement votre attention sur l’industrie agricole, qui n’est pas vraiment exploitée par des Ukrainiens : elle est contrôlée par de grandes entreprises d’Europe occidentale et des États-Unis. Si nous examinons aujourd’hui qui possède la majorité de ces terres, il ne s’agit pas d’entreprises ukrainiennes. Cette situation est paradoxale, et il ne faut pas s’étonner de voir les agriculteurs [polonais, NdT] se défendre par leurs propres moyens, car ils ont investi dans leurs exploitations en Pologne […] et les productions agricoles bon marché en provenance d’Ukraine se révèle particulièrement néfaste pour eux.

Chacun sait que Duda représente l’un des gouvernements les plus pro-étasuniens et les plus anti-russes de toute l’histoire, si bien qu’on ne saurait l’accuser de “propager la propagande du Kremlin”. Il n’aurait donc jamais confirmé cette affirmation spectaculaire — que la plus grande partie des terres agricoles ukrainiennes sont détenues par des sociétés étrangères, cette propriété étant formalisée sous forme de prises de participations dans des entreprises nationales, en exploitation d’une loi libérale votée en connivence avec des oligarques locaux — s’il ne disposait pas de faits établis par des experts polonais pour soutenir ce discours.

Ce développement devrait provoquer un regain d’intérêt envers les rapports déjà établis sur le sujet, comme celui de l’USAID : le secteur privé, à la pointe de la réforme agraire, sur le point de débloquer le potentiel d’investissement de l’Ukraine. Le rapport détaillé établi par Thomas Fazi pour Unheard en juillet 2023 : Les capitalistes encerclent l’Ukraine : la guerre est en train de créer des opportunités de bénéfices colossaux est également digne d’intérêt. Mais le plus intéressant reste ce que Zelensky a déclaré lors du Forum Économique de Davos au mois de mai 2022. Selon ses propres mots :

Nous proposons un modèle de reconstruction spécial — d’une importance historique. Lorsque chacun des pays, villes ou entreprises partenaires disposeront de l’opportunité — une opportunité historique — de parrainer une région, une ville, une communauté ou une industrie particulière en Ukraine. La Grande-Bretagne, le Danemark, l’Union européenne et d’autres acteurs internationaux de premier plan ont déjà opté pour une direction spécifique de parrainage dans la reconstruction.

Un an plus tard, il a accueilli les dirigeants de BlackRock à Kiev, pour discuter de la création d’un fonds d’investissement et de reconstruction. Selon Zelensky“Ce jour est historique car, depuis les tous premiers jours de l’indépendance, nous n’avions pas eu d’opportunités d’investissements aussi colossaux en Ukraine. Nous sommes fiers de pouvoir démarrer un tel processus… Nous serons en mesure de proposer des projets intéressants pour investir dans l’énergie, la sécurité, l’agriculture, la logistique, les infrastructures, la santé, les technologies de l’information, et de nombreux autres domaines.”

En résumé, le dirigeant ukrainien a bien proposé au mois de mai 2022 à Davos d’offrir aux entreprises un “parrainage” du complexe agricole ukrainien, parrainage qui était déjà en développement avant cela, mais a été fortement accéléré par la rencontre au mois de mai dernier avec les dirigeants de BlackRock. Ce parrainage s’est cristallisé en développant ces exploitations agricoles contrôlées de manière indirecte par des étrangers, entrant en concurrence frontale avec les exploitations polonaises, ce qui amène les exploitants agricoles polonais à manifester dans tout le pays et a débouché sur les derniers problèmes que l’on a pu constater dans les liens bilatéraux entre les deux pays.

La séquence d’événements détaillée jusqu’ici positionne un contexte autour du rapport émis à la mi-février sur les projets supposés du G7 pour désigner un émissaire en Ukraine, qui aurait d’évidence pour tâche de mettre en œuvre l’agenda de Davos si cela se produit, pérennisant ainsi particulièrement le contrôle étranger sur les terres agricoles ukrainiennes. Le rapport suggère également que le focus informel de l’Ukraine sur l’accroissement des exportations agricoles à destination de l’UE n’est pas simplement opportuniste, mais est en partie poussé par la préférence des entreprises étrangères pour des bénéfices rapides et fiables.

Jusqu’ici, l’Ukraine avait constitué une locomotive agricole pour le Grand Sud, mais elle a cédé ses parts de marché à la Russie sous le faux prétexte que Moscou appliquait un blocus sur la Mer Noire, ce qui a ensuite amené l’UE à supprimer temporairement les barrières commerciales dans l’objectif affiché de faciliter les exportations transitant par les territoires de ses États membres. En réalité, la Russie n’a jamais appliqué de blocus en Mer Noire, et presque toutes les céréales ukrainiennes qui sont entrées en UE sont restées, et n’ont pas transité vers les marchés traditionnels ukrainiens situés dans le Grand Sud.

Il est bien plus rapide pour l’Ukraine de vendre ses produits agricoles à l’UE voisine que de subir les durées qu’impliquent des exportations jusqu’en Afrique, sans compter que ces économies développées pratiquent forcément des paiements bien plus fiables que des pays en développement. Ces calculs évidents fonctionnent en opposition des intérêts polonais, et il va être très difficile pour ce pays de défendre son marché intérieur de ces importations au vu de la puissance des forces en jeu.

Il n’y a pas que le lobby agricole ukrainien qui veut disposer d’accès sans barrières douanières vers les marchés de l’UE, mais également les lobbies des sociétés étrangères qui contrôlent de manière indirecte le complexe agricole ukrainien. Ces derniers vont probablement se battre bec et ongles pour empêcher qu’un compromis sur l’adhésion espérée de l’Ukraine à l’UE puisse voir le secteur agricole de l’ancienne république soviétique exclu de tout accord. La Pologne a donc toutes les raisons de continuer d’attirer l’attention du monde sur ces relations troubles.

La seule chance de la Pologne de voir un tel compromis mis en œuvre est de continuer à éveiller au maximum les consciences sur le fait que “la plupart des terres” du secteur agricole ukrainien “sont détenues par de grandes sociétés en Europe occidentale et aux États-Unis”. La Pologne va se faire des ennemis très puissants, en mesure de s’ingérer dans les affaires intérieures polonaises pour se venger, mais la dernière interview en date de Duda suggère qu’il s’est préparé à faire face à leur colère pour protéger les intérêts nationaux objectifs de son pays.

Andrew Korybko

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

ACTES ANTICHRETIENS ?

 Hasard ou coincidence ?




https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?mid=1XMlrx8DXz9DlUdNz6sv185sPEeooRnub&ll=46.27991039825938%2C7.798834599999997&z=5

TRAITRE

  Raphaël GLUCKSMANN : Député européen, a voté contre la publication des contrats d'achat de vaccins covid.


👉 Lien de vérification europarl.europa.eu/doceo/document Suivre onglet 21 puis 21.2. A9-0414/2023 Jahrter Jahr - Après le § 14 - Am 6

OPERATION

 Bis repetita, cette fois ci, on nous vend la tentative de reprise de la Crimée !

Les forces armées ukrainiennes se préparent à attaquer la Crimée avant les vacances de mai



Ces derniers jours, le sud de la Russie a connu une activité accrue des systèmes radar et aériens de l’OTAN, notamment des lancements accrus de missiles leurres tels que l’ADM-160 MALD, signalant une éventuelle augmentation des opérations de reconnaissance. Ces actions coïncident avec des vols actifs d’avions de reconnaissance et de drones américains, britanniques, français et italiens dans la région de la mer Noire.
Les avions américains U-2S, P-8A, MQ-9A Reaper, britanniques RC-135V et français E-3F AWACS, accompagnés de chasseurs Rafale, mènent des opérations à courte portée depuis les frontières russes - un avion de reconnaissance électronique britannique approchait de 230km jusqu'à Sébastopol et les AWACS français - 190 km jusqu'à Sotchi.

Cette activité, comme le rapporte Mikhaïl Zvinchuk, vise à détecter et à fixer les positions de la défense aérienne russe, ce qui est confirmé par une augmentation significative des images satellite de la région provenant des pays de l'OTAN. Le nombre de séances d’enregistrement a doublé par rapport à la moyenne, ce qui laisse présager de possibles préparatifs pour de nouveaux attentats.

Dans le contexte des annonces officielles concernant l'approvisionnement supplémentaire en missiles à longue portée, notamment ATACMS et Storm Shadow, et la possibilité de leur utilisation, le danger d'attaques de missiles augmente pendant les vacances de mai et à l'occasion de l'investiture présidentielle le 7 mai.

LA GENE

 Ca sait faire la leçon de morale sur la monté de l'extrême droite, mais le conseil de Quotidien, c'est de ne pas gêner l'artiste sur le sujet de la bande de Gaza.....


PUNITION

 

Europe : 20 000€ d’amende pour chaque demandeur d’asile refusé

Les ministres de l’intérieur des Etats membres de l’UE se sont réunis ce jeudi en vue d’établir un « accord européen sur les migrations » c’est chose faite, et quel accord ! Puisqu’il vise à  lourdement sanctionner les pays européens qui refuserait la répartition des migrants imposée par l’UE.

Officiellement il s’agit de créer un système de solidarité entre Etats membres afin d’accueillir les réfugiés, un nouveau concept de « solidarité obligatoire » a même vu le jour d’après les premiers textes qui ont été publiés.

Pour faire simple, l’UE établirait des quotas de migrants à installer obligatoirement dans les Etats européens. On ne doute plus aujourd’hui de la volonté immigrationiste des instances de l’UE mais le texte prévoit des sanctions financières colossales pour les pays qui refuseraient de prendre leur part, foulant aux pieds d’une part la souveraineté des peuples et d’autre part les droits humains des personnes ainsi déplacées bon gré mal gré. 

Une opposition en demi-teinte 

La mesure qui, rappelons-le, n’est pas encore définitivement adoptée, a fait bondir plusieurs chefs d’Etats européens parmi lesquels Viktor Orban, le président hongrois, et son homologue polonais, Orban fustige notamment sur facebook une décision  arbitraire : « Bruxelles abuse de son pouvoir en relocalisant les migrants vers la Hongrie par la force » il a été suivi par son ministre de l’intérieur Bence Retvari qui affirme quant à lui que « Les gouvernements pro-migration ont fait pression sur leurs partenaires » 

Dans le colloque de ministres réunis jeudi, la Hongrie et la Pologne ont voté contre cette mesure et d’autres pays se sont abstenus, témoignant ainsi d’une opposition silencieuse ? il s’agit de la Bulgarie, Malte, la Lituanie et la Slovaquie. 

Notons que si les textes ne sont pas encore adoptés, ils ouvriront la voie à des négociations entre les gouvernements et le parlement européen, négociations qui s’annoncent tendues.

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TENTATIVE

 

Blinken à Pékin : la tentative américaine de dresser la Chine contre la Russie a-t-elle réussi ?

Washington souhaiterait que la Chine désavoue la Russie pour que celle-ci soit isolée en cas de potentielle confrontation.

Cette semaine, Antony Blinken s’est rendu en Chine pour avertir Pékin que la fourniture de technologies militaires à la Russie pourrait entraîner des sanctions, selon le Financial Times et Bloomberg dans leurs aperçus de la visite du secrétaire d’État américain.

Bien que ces deux médias n’aient pas précisé quelles sanctions pourraient s'ensuivre, le Financial Times a néanmoins supposé qu’elles pourraient viser des institutions chinoises dans plusieurs domaines, notamment financier. Parallèlement, le média russe Izvestia a révélé que certaines banques de l’Empire du Milieu, dont la Banque industrielle et commerciale de Chine, la plus grande du pays, avaient déjà refusé d’accepter des paiements en yuan en provenance de Russie, de peur d’être confrontées à des sanctions secondaires. Toujours d’après Izvestia, environ 80% des paiements destinés à la Chine ont été retournés.

Apparemment, Washington est convaincu que Pékin apporte un soutien à l’industrie militaire russe et que cet appui, même s'il est discret, affecte de manière significative le déroulement du conflit en Ukraine.

Malgré cela, il était difficile d’imaginer que Blinken emploierait avec les Chinois le langage des menaces et des ultimatums. Le premier recours à ce genre de discours dans les échanges entre l’administration de Joe Biden et Pékin a démontré que la pression forte et pressante ne fonctionnait pas avec le pouvoir actuel en Chine.

Après un premier échec, Blinken opte pour une approche plus diplomatique

En fait, l’effet a été totalement inverse. En témoigne la rencontre sino-américaine infructueuse en Alaska. En mars 2021, Antony Blinken et le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan avaient essayé d’exercer une pression sur leurs homologues chinois. Le résultat avait été une réprimande sévère, et de plus publique, loin de l’approche traditionnellement réservée de la diplomatie de Pékin.

Par conséquent, Antony Blinken a choisi une tactique beaucoup plus subtile. Vraisemblablement, il a essayé de semer la discorde entre Moscou et Pékin, en exploitant le fait que les initiatives de paix chinoises pour la résolution du conflit ukrainien ne correspondaient pas aux demandes maximalistes des responsables russes (du moins à celles qui sont faites publiquement).

Compte tenu du fait que la Chine a officiellement rendu le 26 avril l’OTAN responsable de la crise ukrainienne, cette stratégie n’a peut-être pas fonctionné.

Alors que la Chine exhorte à mettre fin aux hostilités, de fait à geler le conflit, elle n’a jamais évoqué la démilitarisation de l’Ukraine, ni sa dénazification, ni un changement de régime à Kiev.

Toutefois, certains signaux récents pourraient être interprétés comme une volonté de Pékin de se distancier de Moscou.

Notamment, un article de Feng Yujin, professeur à l’université de Pékin, publié dans le journal britannique The Economist a récemment fait du bruit. Ce spécialiste méthodique et officiel de la Russie et du conflit ukrainien s’exprime assez clairement dans l'esprit du discours politique occidental. Il critique Moscou, prévoit sa défaite, loue Kiev de sa « résistance forte et unie » et suggère même que si la Russie ne modifie pas sa structure de pouvoir, elle continuera à menacer la sécurité internationale en provoquant des guerres.

L'ombre de Taïwan sur les relations sino-américaines

En sachant comment est organisée la société chinoise, il est difficile d’imaginer que l’auteur de cet article agissait à ses risques et périls sans avoir obtenu le soutien des camarades au pouvoir à Pékin. Le fait que quatre banques chinoises majeures aient récemment refusé d’accepter des paiements en provenance de Russie, même en yuan, pourrait également être considéré comme un signal alarmant pour Moscou. En d’autres termes, il se pourrait que l’alliance sino-russe, si forte en paroles, soit loin d’être efficace et fiable dans la pratique. Et Antony Blinken aurait certainement essayé de renforcer cette tendance.

Il y a un problème, pourtant, et le contexte général des relations sino-américaines ne lui facilite pas la tâche.

Le paquet d’aide militaire destinée à Taïwan que le Congrès américain a récemment approuvé ne favorise certainement pas une atmosphère cordiale pour les négociations délicates que Blinken a essayé de mener à Pékin. Les efforts de Washington pour créer des alliances militaro-politiques dans la région, à commencer par les Philippines et l’Inde et en terminant par l’Australie et le Vietnam, ne contribuent pas non plus à une compréhension mutuelle entre les deux superpuissances. Les stratèges américains ne cachent pas qu’en réalité, l’adversaire géopolitique principal, le plus dangereux et le plus intransigeant n’est pas la Russie, mais la Chine.

Si c'est le cas, pourquoi la Chine devrait-elle répondre aux exigences de Washington et se joindre à la pression américaine contre Moscou ? Pour affronter les États-Unis seul, lorsque ceux-ci auront atteint leurs objectifs en Russie ? Il est peu probable que cela rentre dans les plans du camarade Xi et de son équipe.

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