GAUCHE, ULTRA GAUCHE, ONT ILS TENUS DES PROPOS QUI PEUVENT FAIRE UN LIEN AVEC LES EVENEMENTS DU 17 OCTOBRE ?
Sur une période de 10 ans (2016–2026) : propos politiques pouvant relever de l'incitation à l'insurrection
Pour établir un dossier solide, il faut distinguer trois catégories qui sont souvent confondues dans le débat public :
L'appel explicite à l'insurrection : appel à renverser les institutions, à prendre le pouvoir par la force ou à se soulever contre l'autorité publique.
L'appel à l'insurrection au sens politique large : appel à la révolte, au soulèvement populaire, au blocage du pays ou à la désobéissance collective, sans nécessairement appeler à la violence.
La rhétorique révolutionnaire ou insurrectionnelle : discours valorisant l'affrontement avec l'État, la confrontation physique ou le renversement de l'ordre politique, sans consigne opérationnelle précise.
Cette distinction est importante : en droit français, une formule radicale, une revendication révolutionnaire ou même un appel à la désobéissance ne constitue pas automatiquement une infraction. Le contexte, les termes exacts, leur diffusion et les actes visés comptent.
Je vais privilégier les déclarations publiques attribuables à des responsables ou figures identifiables de LFI, d'EELV, du NPA et de l'ultragauche, en distinguant les citations vérifiables des interprétations politiques.
1. Les déclarations les plus significatives
Période : octobre 2016 – octobre 2026. Les citations ci-dessous sont accompagnées de leur contexte afin de ne pas assimiler automatiquement contestation radicale et appel à la violence.
1. Jean-Luc Mélenchon — « Insurrection citoyenne »
LFI · 18 mars 2017
Citation : « insurrection citoyenne contre la monarchie présidentielle ».
Contexte : lors d'un rassemblement place de la République, Mélenchon défend une VIe République et une assemblée constituante. Le Sénat public rapporte que l'insurrection citoyenne devait s'accomplir « par le bulletin de vote ».
Le mot insurrection est bien employé, mais le contexte documenté est celui d'une mobilisation politique et électorale, et non d'un appel explicite à prendre les armes.
2. Jean-Luc Mélenchon — « Insurrection sociale » et subversion de l'ordre établi
LFI · 28 avril 2016
Citation : « une insurrection sociale extraordinaire contre la loi El Khomri ».
Il ajoute que Nuit debout « doit s'étendre » et décrit son projet comme une « subversion de l'ordre en place » orientée vers une Constituante et une « Révolution citoyenne ».
Appréciation :
Le vocabulaire est radical et assumé. Toutefois, le même entretien précise que Mélenchon se présente comme républicain et croit aux élections. Ce passage ne constitue donc pas, à lui seul, une preuve d'appel à une insurrection violente.
3. Jean-Luc Mélenchon — « Insurrection froide contre toutes les institutions »
LFI · 28 juin 2020
Citation : « une forme d'insurrection froide contre toutes les institutions du pays ».
Dans sa déclaration sur les élections municipales, il parle d'une « grève civique » de masse, qu'il relie à l'abstention et à la crise de confiance dans les institutions.
Appréciation :
Le terme froide et la référence à la grève civique sont essentiels : il s'agit ici d'une métaphore politique de rupture avec les institutions, pas d'un ordre de les renverser par la force.
4. Jean-Luc Mélenchon — « Le 10, bloquons tout pour faire partir Macron »
LFI · 6 septembre 2025
Citation : « Le 10, bloquons tout pour faire partir Macron ».
À Lille, il soutient la mobilisation du 10 septembre 2025, appelle à la grève et au blocage, et prévoit une chute du gouvernement.
Appréciation :
C'est un appel à une action collective de rupture visant le départ du pouvoir en place. Mais bloquer le pays n'est pas synonyme, en soi, d'insurrection armée : il faut examiner les modalités concrètes prônées par l'orateur.
2. Un cas supplémentaire à examiner : Bally Bagayoko
5. Bally Bagayoko — « Insurrection populaire » en cas de victoire du RN
LFI · mai 2026
Selon un compte rendu de La Dépêche, le maire de Saint-Denis a évoqué la possibilité que, si le RN gagnait la présidentielle de 2027, « la population est capable de se lever » et qu'une « forme d'insurrection populaire » pourrait survenir. Il a ensuite précisé sur LCI : « Non, je ne souhaite pas l'insurrection », en défendant la mobilisation populaire et la révolution citoyenne.
Appréciation :
C'est un exemple important pour votre recherche, car le scénario évoqué est celui d'une réaction populaire à une victoire électorale. Mais les éléments disponibles ne permettent pas de conclure qu'il a donné une consigne d'insurrection violente.
3. Mathilde Panot : le cas le plus sensible sur le respect du résultat électoral
6. Mathilde Panot — Refuser que le RN accède légalement au pouvoir
LFI · février 2026
Citation : « Nous n’accepterons jamais dans notre pays que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes ».
La phrase est rapportée à propos d'une vidéo publiée autour du 20 février 2026. Elle vise explicitement l'éventualité d'une victoire de Marine Le Pen.
Pourquoi cette déclaration mérite examen : prise littéralement, elle peut être comprise comme le refus de reconnaître la légitimité d'une victoire électorale de l'adversaire. Elle soulève donc une question politique sérieuse sur les moyens envisagés pour s'y opposer.
Mais la limite de la preuve : la phrase, isolément, ne précise pas si l'opposition serait électorale, parlementaire, syndicale, par la désobéissance civile ou violente. Elle ne suffit donc pas à établir un appel à l'insurrection armée. Il faut aussi tenir compte de ses éventuelles précisions ultérieures.
4. Et pour EELV, le NPA et l'ultragauche ?
Je préfère ne pas attribuer à ces courants des déclarations spectaculaires sans disposer d'une citation primaire suffisamment vérifiée. Les recherches effectuées font ressortir un corpus plus directement exploitable pour LFI que pour les autres organisations.
Courant | Ce qu'il faut rechercher | Ce qui permettrait de parler d'un appel insurrectionnel |
|---|---|---|
EELV / Les Écologistes | Déclarations de responsables sur la désobéissance civile, le blocage des institutions ou les réactions à une victoire électorale adverse | Une consigne explicite de renverser les institutions par la force, plutôt qu'un soutien à une action non violente |
NPA | Discours de Philippe Poutou, Olivier Besancenot et responsables du parti sur la révolution, le pouvoir et le soulèvement populaire | Un appel adressé au public à prendre le pouvoir hors du cadre légal par des moyens violents |
Ultragauche anarchiste et autonome | Tracts, communiqués et appels collectifs à l'affrontement avec l'État ou à l'insurrection | Une exhortation publique, contextualisée et attribuable à un auteur ou à un collectif identifiable |
Une précaution supplémentaire s'impose : un texte publié sur un site militant du NPA ou d'un collectif autonome n'est pas nécessairement une déclaration personnelle d'un dirigeant. Il faut identifier l'auteur, la date, le contexte et le statut du document avant de l'imputer à l'organisation.
5. Ce que dit le droit français
Le terme politique insurrection n'est pas, à lui seul, une qualification pénale suffisante. Une disposition directement pertinente est l'article 431-6 du Code pénal, qui sanctionne la provocation directe à un attroupement armé par des discours publics, des écrits ou d'autres moyens de communication. La peine prévue est d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende, portée à sept ans et 100 000 euros si la provocation est suivie d'effet.
la radicalité du vocabulaire ;
l'appel à une mobilisation ou à un blocage ;
l'appel à ne pas reconnaître une victoire électorale ;
l'incitation concrète à la violence ou à une action armée.
Ces catégories ne sont pas équivalentes, ni politiquement ni juridiquement.
Bilan provisoire
Parmi les éléments réunis ici, trois ensembles sont particulièrement pertinents pour le dossier :
Mélenchon en 2017 et 2020, pour l'emploi explicite du mot insurrection, avec un contexte présenté comme citoyen et électoral.
Mélenchon en septembre 2025, pour l'appel à bloquer le pays afin de provoquer le départ du président.
Panot en février 2026 et Bagayoko en mai 2026, pour les déclarations relatives à une éventuelle victoire du RN et à la possibilité d'une réaction populaire insurrectionnelle.
Le point essentiel est de ne pas confondre une rhétorique de rupture, potentiellement inquiétante pour le débat démocratique, avec une preuve établie d'incitation pénalement répréhensible. À ce stade, les citations les plus nettes concernent surtout la rhétorique insurrectionnelle de LFI ; je n'ai pas encore de corpus suffisamment vérifié pour dresser une liste équivalente concernant EELV et le NPA.
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