Le chiffre, éditifiant, a été révélé par une étude publiée dans la revue Research Integrity and Peer Review il y a quelques jours
— Le Parisien (@le_Parisien) August 19, 2026
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Research Integrity and Peer Review est une revue scientifique internationale en libre accès, et non une institution qui « contrôle » directement l'intégrité de la recherche.
Elle a été créée en 2016 et est publiée par BMC/Springer Nature. Son objet est assez particulier : elle publie des recherches sur la manière dont la science est produite, évaluée et publiée, notamment sur l'intégrité scientifique, le peer review et la qualité du reporting scientifique.
Dans le cas Raoult, on ne peut absolument pas garantir une neutralité parfaite, mais qu'il existe aussi des éléments suffisamment indépendants et convergents pour que l'explication « tout cela résulte d'une cabale contre Raoult » ne tienne pas, à elle seule.
1. Une revue scientifique n'est jamais une autorité parfaitement neutre
Le peer review est un système humain. Les reviewers sont des chercheurs qui ont :
leurs propres écoles de pensée ;
des rivalités scientifiques ;
des intérêts de carrière ;
des préférences méthodologiques ;
parfois des conflits personnels ou institutionnels ;
et, surtout, des opinions sur les sujets qu'ils évaluent.
Il existe d'ailleurs une littérature scientifique montrant que les conflits d'intérêts éditoriaux et les biais des reviewers sont des problèmes réels, y compris lorsque les revues disposent de règles destinées à les prévenir. Une étude portant sur environ 500 000 articles a notamment trouvé des cas où des éditeurs traitaient des articles de collaborateurs récents malgré les politiques de conflit d'intérêts.
Donc, non : il ne faut jamais considérer une revue comme un arbitre absolument neutre.
2. Mais il faut appliquer exactement le même scepticisme à Raoult
C'est ici que le cas devient intéressant.
Pour démontrer qu'une critique de Raoult est biaisée, il faut distinguer :
A. « Les chercheurs qui critiquent Raoult ne l'aiment pas. »
→ Cela peut être vrai, mais ça ne démontre rien sur la validité de leur critique.
B. « Ils ont utilisé une méthodologie incorrecte pour démontrer que Raoult avait tort. »
→ Là, c'est vérifiable scientifiquement.
C. « Ils ont volontairement falsifié leurs propres données ou manipulé leur analyse pour nuire à Raoult. »
→ Là, il faut des preuves beaucoup plus fortes.
Et c'est précisément cette distinction qui est importante.
Le cas de l'hydroxychloroquine est particulièrement révélateur
Le premier article de Raoult sur l'hydroxychloroquine et l'azithromycine était une petite étude non randomisée, avec 36 patients.
Les critiques méthodologiques apparues très tôt n'étaient pas simplement :
« Nous n'aimons pas Raoult. »
Elles portaient notamment sur :
l'absence de randomisation ;
la constitution du groupe témoin ;
les critères d'inclusion ;
des patients sortis de l'analyse ;
la manière dont les résultats ont été analysés ;
la question des patients décédés ou ayant quitté l'étude ;
et les procédures éthiques.
Une organisation qui avait pourtant initialement permis la publication rapide de l'article, l'International Society of Antimicrobial Chemotherapy, a elle-même déclaré que l'article ne répondait pas aux standards attendus, notamment concernant les critères d'inclusion et la sécurité des patients.
Cela constitue un élément assez important contre l'idée d'une simple opposition idéologique.
3. Surtout : la rétractation n'est pas venue de Research Integrity and Peer Review
L'article original de Raoult sur l'hydroxychloroquine a été publié dans International Journal of Antimicrobial Agents. Il a finalement été rétracté en 2024, après une procédure menée par :
l'équipe Research Integrity and Publishing Ethics d'Elsevier ;
l'éditeur de la revue ;
l'International Society of Antimicrobial Chemotherapy ;
et un expert indépendant sollicité comme conseiller en éthique éditoriale.
La notice de rétractation mentionne plusieurs problèmes distincts, notamment l'éthique de la recherche sur les participants humains, la méthodologie et les conclusions — et précise même que trois des auteurs eux-mêmes avaient soulevé des problèmes concernant la méthodologie et les conclusions.
Donc il serait incorrect de dire ou de laisser sous entendre :
« Research Integrity and Peer Review a décidé que Raoult avait falsifié ses résultats. »
Ce n'est pas ce qui s'est passé.
4. Et il y a un élément encore plus intéressant
Les problèmes concernant la production scientifique de l'IHU de Marseille ne se limitent pas aux études sur la COVID ou à l'hydroxychloroquine. Une étude publiée dans Research Integrity and Peer Review en 2023 par Fabrice Frank et Elisabeth Bik, entre autres, portait sur la production scientifique de l'IHU.
Elle a notamment examiné les problèmes liés aux publications et aux images scientifiques.
Et depuis, les vérifications concernant l'IHU ont pris une ampleur considérable. Une revue publiée en août 2026 portant sur près de 2 700 publications de l'ancien IHU Méditerranée Infection a identifié des problèmes éthiques dans 853 articles ; le bilan rapporté est actuellement de 64 rétractations et 270 expressions of concern concernant les publications de l'institut.
Cela ne signifie évidemment pas : 853 articles = 853 fraudes.
Ce serait une conclusion abusive. Les problèmes peuvent aller de l'absence ou de l'insuffisance d'autorisation éthique jusqu'à des problèmes beaucoup plus graves. Mais cela signifie que les interrogations ne reposent pas uniquement sur l'hostilité d'une communauté scientifique envers Raoult.
5. Et c'est là que je mettrais une nuance importante
Il existe effectivement un risque de biais anti-Raoult.
Raoult a adopté pendant la pandémie une position extrêmement antagoniste vis-à-vis d'une partie de la communauté médicale et scientifique. Il a également acquis une visibilité politique et médiatique considérable.
Cela a créé une polarisation exceptionnelle.
Et dans un environnement aussi polarisé, les deux camps peuvent tomber dans le même piège :
Pro-Raoult :
« Ils le détestent donc leurs critiques sont fausses. »
Anti-Raoult :
« Raoult est devenu infréquentable donc ses résultats sont nécessairement faux. »
Les deux raisonnements sont scientifiquement mauvais.
La bonne question est : Les données, la méthodologie, les analyses statistiques et les conditions expérimentales permettent-elles de reproduire ou de vérifier la conclusion ?
6. Il faut également distinguer « erreur » et « falsification »
C'est probablement le point le plus important.
Dire : « Cette étude est méthodologiquement mauvaise » est très différent de dire : « Raoult a falsifié les données. »
La première affirmation peut être démontrée avec les données publiées. La seconde suppose une intention ou une manipulation des données et nécessite des preuves beaucoup plus fortes.
Or certaines controverses autour de Raoult ont effectivement concerné des problèmes d'intégrité scientifique, mais il serait abusif de transformer automatiquement chaque rétractation ou expression of concern en « fraude démontrée ». La rétractation de l'étude HCQ de 2020, par exemple, est fondée sur plusieurs problèmes éthiques et méthodologiques ; la notice ne dit pas simplement « les auteurs ont falsifié les données ».
7. Le meilleur test est finalement de regarder les résultats indépendants
C'est ce qui, à mon avis, permet de sortir de la querelle Raoult/anti-Raoult.
Si une seule équipe disait : « L'hydroxychloroquine ne fonctionne pas et Raoult a tort » → suspicion légitime possible.
Mais si des essais randomisés indépendants, réalisés dans différents pays, avec différentes équipes et différents systèmes de santé, aboutissent globalement à la même conclusion, l'hypothèse d'une conspiration coordonnée devient beaucoup moins plausible.
C'est justement pourquoi le débat scientifique ne devrait pas être arbitré par : « Combien de scientifiques aiment Raoult ? » mais par : « Que donnent les études indépendantes correctement contrôlées ? »
Et dans le cas de l'hydroxychloroquine contre la COVID-19, les essais contrôlés ultérieurs n'ont pas confirmé le bénéfice clinique revendiqué initialement par Raoult. C'est notamment ce qui explique pourquoi l'article de 2020 est aujourd'hui considéré comme problématique indépendamment de la personnalité de son auteur. Et aussi prendre un autre fait qui n'est pas négligeable, les lobbying big pharma qui instrumentalisent des scientifiques pour aller dans le sens contraire de certains de leurs homologues pour défendre des positionnements commerciaux. Mais là encore, même les déclarations d'intérêts n'ont pas l'obligations de donner toutes les informations pour établir chez certains scientifiques s'il y a conflit d'intérêt ou neutralité éthique.
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