"Foutre la dette au feu" : Mathilde Panot assure que c’est possible ! « Plusieurs économistes nous donnent raison : il est possible d'annuler une partie de la dette. C'est tout à fait faisable ! Cela permettra de libérer la France de ce poids..."
Plutôt trompeur.
La phrase de Mathilde Panot contient une part de vérité économique, mais la formulation « c’est tout à fait faisable » donne une impression beaucoup plus simple qu’elle ne l’est réellement.
1. Oui, une annulation de dette est techniquement possible mais non sans conditions
Un État peut parfaitement faire défaut, négocier une restructuration avec ses créanciers, ou obtenir une réduction du montant qu'il doit. L'histoire économique en fournit de nombreux exemples.
Donc, au sens strict, dire « il est possible d'annuler une partie de la dette » n'est pas faux.
Mais cela ne signifie absolument pas que la France pourrait simplement décider :
« Nous supprimons 500 milliards de dette et nous repartons de zéro. »
Une grande partie de la dette française est détenue par des investisseurs privés, banques, assureurs, fonds, ménages, investisseurs étrangers, etc. L'annuler signifie donc faire subir une perte à ceux qui détiennent ces créances.
2. Le cas de la dette détenue par la BCE est beaucoup plus subtil
C'est probablement là que se situe une partie du raisonnement de LFI.
La BCE et les banques centrales nationales ont acheté énormément d'obligations publiques françaises dans le cadre du quantitative easing. On peut donc se dire :
État français → doit de l'argent à la Banque de France → Banque de France appartient à l'État → pourquoi ne pas annuler cette dette ?
Le problème est que cela ne crée pas magiquement de richesse.
La Direction générale du Trésor avait précisément étudié cette proposition et conclu que l'annulation de la dette détenue par la BCE serait illégale dans le cadre actuel des traités européens, et qu'elle ne produirait pas le gain financier apparent que ses promoteurs présentent.
En simplifiant : l'État aurait moins de dette d'un côté, mais la banque centrale aurait une perte correspondante de l'autre.
3. Et surtout : « libérer la France de ce poids » est beaucoup trop simplificateur
C'est ici que la déclaration de trompeuse.
Supposons que la France annule 500 milliards d'euros de dette détenue par des investisseurs privés.
Elle gagne effectivement :
500 Md€ de dette en moins.
Mais en contrepartie :
- les créanciers perdent 500 Md€ ;
- la crédibilité de la signature française est gravement atteinte ;
- les investisseurs demanderont probablement des taux beaucoup plus élevés pour prêter à nouveau à la France ;
- certaines institutions financières françaises subiront des pertes ;
- l'épargne française indirectement investie en obligations d'État peut être touchée ;
- le refinancement des déficits futurs devient beaucoup plus difficile.
La Direction générale du Trésor rappelle justement qu'un défaut rend le financement futur plus difficile et peut également renchérir le financement des entreprises.
Et le problème est particulièrement important aujourd'hui, parce que la France doit continuer à emprunter.
Pour 2026, l'Agence France Trésor prévoit 310 milliards d'euros d'émissions nettes à moyen et long terme, après rachats.
Autrement dit, même si vous effacez une partie de la dette existante, vous devez continuer à financer les déficits et à renouveler les emprunts arrivant à échéance.
4. « Des économistes nous donnent raison » : oui… mais lesquels et sur quoi ?
C'est probablement la partie la plus importante à vérifier.
Il existe effectivement des économistes qui défendent :
- des restructurations de dette ;
- des annulations partielles ;
- une annulation de certaines dettes détenues par les banques centrales ;
- ou une restructuration européenne de certaines dettes.
Mais cela ne signifie pas qu'il existe un consensus des économistes affirmant que la France pourrait annuler une grande partie de sa dette sans conséquence majeure.
Au contraire, les économistes missionnés par Bercy en 2026 ont estimé qu'il faudrait environ 126 milliards d'euros d'efforts d'ici 2032 pour simplement stabiliser le ratio de dette publique.
La Banque de France avertit également qu'une détérioration supplémentaire des finances publiques pourrait provoquer une hausse de la prime de risque, une dégradation des conditions de financement et des difficultés accrues sur le marché de la dette française.
Donc,
« Il est possible d'annuler une partie de la dette » → VRAI.
« C'est tout à fait faisable » → TRÈS TROMPEUR.
« Cela permettra de libérer la France de ce poids » → FAUX si cela est présenté comme un gain net et sans contrepartie.
Une annulation de dette transfère le coût : elle ne le fait pas disparaître. La vraie question n'est donc pas « peut-on annuler la dette ? », mais qui absorbe la perte, combien, juridiquement comment, et à quel prix pour la capacité future de la France à emprunter ?
Et c'est précisément là que le discours politique de Panot devient beaucoup plus contestable que la simple affirmation économique de départ.
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