L’affaire Grégory Lenoci raconte quelque chose de beaucoup plus inquiétant qu’un fait divers.
En juillet 2025, il soupçonne son voisin Marc P., déjà condamné pour des faits sexuels sur mineur, d’avoir agressé son beau-fils de 6 ans. Il saisit la police, puis le confronte et le frappe avec une violence extrême.
Hier, il a été condamné à 17 ans de prison pour tentative d’assassinat.
De quoi ce symptôme d’anomie est-il le nom ?
Depuis Hobbes, le contrat est simple : l’individu renonce à la violence en échange de la protection de l’État et de la justice. Weber résumera cela par le "monopole de la violence légitime".
Mais ce monopole repose sur une condition : la confiance.
Dupond-Moretti parlait du "sentiment d’insécurité". Le phénomène est plus profond : le "sentiment de n’être plus protégé".
Lorsque l’individu croit que la police arrivera trop tard, que la justice sanctionnera trop faiblement, que le récidiviste reviendra et que sa famille restera exposée, son rapport à l’État change. Il recommence à raisonner selon une logique antérieure à l’État moderne : défendre les siens, régler le conflit, reprendre une part de la violence déléguée.
C’est ainsi que reviennent vengeance, représailles et violence privée.
Lenoci est donc le symptôme d’un ordre social dont certains doutent qu’il remplisse encore sa fonction première. Ce type de rupture pourrait se multiplier à mesure que cette conviction progresse.
Paradoxalement, il y a là quelque chose de sain.
Cela signifie que les hommes conservent une capacité autonome à défendre les leurs lorsque l’institution devient défaillante. Une société entièrement domestiquée serait peuplée d’individus incapables de réagir lorsque leurs proches sont menacés.
Cette réserve anthropologique est précieuse : légitime défense, solidarité familiale, courage civique.
L’État doit comprendre le signal : à mesure qu’il abandonne ses fonctions régaliennes, les individus seront tentés de les reprendre
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